Après avoir présenté le contexte de l’irrigation au Portugal, les auteurs de cet article examinent la robustesse de deux approches et leur combinaison afin de mieux programmer les campagnes d’irrigation à l’échelle de la parcelle. Deux cas d’application sont présentés et discutés : l’un sur des cultures horticoles à enracinement superficiel (piment, Capsicum annuum L. ) et l’autre sur des cultures avec racines ligneuses profondes (olivier, Olea europea 'Arbequina').

Irrigation au Portugal

Contexte 

Malgré les fortes divergences climatiques observées au Portugal, l’irrigation n’en demeure pas moins une nécessité afin de garantir des rendements rentables pour la plupart des cultures. La figure 1a illustre des situations extrêmes de précipitations moyennes et de l’évapotranspiration de référence (Viana do Castelo, dans une région côtière du nord-ouest et Beja, une région intérieure du sud-est). Pour les deux cas, on peut noter une nette situation de déficit en eau en fin de printemps et en été, mais ce déficit est beaucoup plus accentué dans le cas de Beja.

En plus de la variation climatique, d’autres différences marquées caractérisent le nord et le sud du pays  (figure 1b). Le Tage (Tejo en portugais) qui coule de la frontière orientale de l’Espagne à la côte ouest (selon un angle d’environ 45° avec le nord), divise le Portugal en deux vastes régions. Au nord du Tage, la zone est couverte de vallées, les pentes y sont fortes et les sols peu profonds, à l’exception des grandes vallées fluviales. Au sud du fleuve, la topographie se caractérise par des plaines ondulées, et la profondeur du sol a tendance à s’accentuer.

Paradoxalement, la densité de population est, et a toujours été, plus grande dans la région nord (les zones montagneuses exceptées). Cela s’explique par un déficit en eau plus réduit et sur une période plus courte dans le nord-ouest, améliorant le rendement des cultures. Ces différences sont accentuées par l’asymétrie sociale et économique, les petites exploitations et l’agriculture familiale étant prédominantes dans le nord.

Des différences si prononcées ont de forts impacts sur le secteur de l’irrigation, rendant difficile une analyse globale sur l’ensemble du pays. Lorsque cela est possible, notre analyse prendra donc en compte  les sept « régions agraires » du Portugal (anciennes divisions administratives récemment remplacées par les cinq régions NUT II [1] établies par la Commission européenne : le nord, le centre, Lisbonne et la Vallée du Tage, Alentejo et Algarve) :

  • Entre-Douro-e-Minho (nord-ouest) ;
  • Trás-os-Montes (nord-est) ;
  • Beira Litoral (littoral centre) ;
  • Beira Intérieure (intérieur centre) ;
  • Ribatejo e Oeste (zone littorale proche de Lisbonne et de la Vallée du Tage) ;
  • Alentejo ; et
  • Algarve (extrême sud).

Au Portugal, les terres irrigables ont toujours constitué moins de 25 % de la superficie agricole utile, chiffre aujourd’hui proche de 15 % (tableau 1). Au cours des dernières décennies, les terres irrigables et irriguées ont marqué un recul sensible.

Le tableau 2 indique que l’option de l’irrigation sous pression dépend dans une grande mesure du type de culture : 91 % des cultures permanentes (vergers, oliviers, vignobles) sont irriguées au goutte-à-goutte. D’autre part, les deux tiers de la superficie de pâturage sont irrigués par gravité.

Comme l’illustre le tableau 3, la part des systèmes gravitaires par rapport aux systèmes sous pression est en lien étroit avec l’irrigation pratiquée dans les petites exploitations. Lorsque celle-ci est dominante – dans les régions agricoles du nord (Entre-Douro-e-Minho et Trás-os-Montes) et le littoral centre (Beira Littoral) – les systèmes gravitaires sont encore prédominants, alors que dans les régions sud, c’est plutôt l’irrigation par aspersion et goutte-à-goutte qui est pratiquée. Le coût et la disponibilité de l’eau semblent également jouer un rôle, ce qui explique que dans la région de l’Algarve, où l’irrigation s’appuie sur des eaux souterraines provenant de puits profonds, le rapport entre l’irrigation sous pression et celle par gravité est plus élevé, bien que la plupart des terres soient occupées par les petits exploitants.

Au Portugal, il y a trente-deux programmes collectifs d’irrigation majeurs, dont la plupart dépendent de grands barrages réservoirs. Ces programmes ont été réalisés à travers des investissements publics et contribuent dans une grande mesure à la lutte contre le dépeuplement tout en favorisant le développement. Avec la mise en place récente du projet d’irrigation d’Alqueva, (120 000 ha), les programmes publics d’irrigation ont connu une forte croissance. Cependant, la plupart des terres irrigables appartiennent encore à des systèmes privés, soit individuels, soit collectifs (tableau 4).

Les cultures irriguées sont très diversifiées (tableau 5), avec une dominance partagée du maïs (17,5 %), du fourrage (18,9 %) et de l’olivier (14,2 %). Les pâturages (11,1 %) et les vergers (8,3 %) jouent également un rôle important.

Afin de finir ce tour d’horizon de l’irrigation portugaise, le tableau 6 met en évidence quelques indicateurs intéressants ainsi que leurs différences régionales.

Comme déjà mentionné, l’agriculture portugaise est caractérisée par de petites exploitations (dont 72, 3 % couvrent moins de cinq hectares). Les superficies irriguées sont légèrement plus petites, environ deux hectares par exploitation, à l’exception de la Vallée du Tage et Alentejo.

En ce qui concerne les besoins en irrigation, on peut constater que, de manière générale, la consommation des cultures est réduite vers le sud car la pluviosité diminue alors que les températures moyennes augmentent, ce qui accroît constamment les besoins en irrigation dans les régions sud. L’exception que représente Alentejo s’explique facilement par le fait que les besoins en irrigation pour les oliviers et les vignobles, qui y sont largement représentés, sont très faibles.

Pilotage de l'irrigation

Dans ce contexte, la gestion de l’eau à l’échelle parcellaire consiste à prendre des décisions importantes sur deux aspects généralement considérés comme les composantes stratégiques du pilotage de l’irrigation (quel volume d’eau appliquer, et quand l’appliquer), que ce soit en période de confort ou de stress hydrique modéré.

Par confort, on sous-entend le maintien de la plante à son taux d’évapotranspiration le plus élevé en fonction des conditions météorologiques et des conditions physiques des cultures (évapotranspiration des cultures, ETc,  sans stress hydrique), lesquelles conditions sont souvent associées aux rendements maximums. Une situation de stress hydrique modéré présuppose une réduction de l’ETc par des stratégies d’irrigation déficitaire. Il faut noter ici que les différents aspects d’application de l’eau ne sont pas analysés (techniques d’irrigation, taux d’application de l’irrigation, et ainsi de suite).

Il est devenu courant, dans la littérature, d’utiliser, comme alternatives, deux moyens pour assurer une bonne gestion et déterminer quel volume d’eau est nécessaire et à quel moment, et ces processus seront nommés ci-après A et B. 

A. L’approche du bilan hydrique, largement utilisée, qui peut être décrite comme suit : dans l’équation du bilan hydrique, l’évapotranspiration réelle (ETa) utilise les données d’entrée estimées par modèles simples, les autres données pertinentes (par ex. les précipitations, P) sont mesurées ou estimées, et constituent également des entrées pour le modèle. Cela permet à l’utilisateur d’obtenir, comme résultats, l’évolution du volume d’eau retenu dans le sol (volume-contrôle), et à partir d’un point de départ connu, de déterminer l’état hydrique du sol à un moment donné (équation 1). La position relative de cette valeur par rapport à quantité totale d’eau disponible dans le sol (TAW), ainsi que la stratégie à suivre, permet de décider de la hauteur d’eau d’irrigation à appliquer (parfois appelée quantité d’eau d’irrigation). Par exemple  l’utilisateur peut estimer les besoins en eau (hauteur d’eau d’irrigation) équivalents au déficit hydrique du sol s’il décide d’amener le sol à sa capacité au champ (FC), ou il peut décider d’appliquer moins d’eau, laissant le sol dans une certaine condition prédéfinie, en dessous de la capacité au champ.

B. L’approche des indicateurs de stress hydrique (mesures in situ automatisées ou non automatisées), qui n’est adaptée qu’aux indicateurs quantifiant le stress sur le court terme, normalement utilisée pour le pilotage de l’irrigation. Ces indicateurs peuvent être (pour ne mentionner que les plus testés) : la teneur en eau du sol, le potentiel de l’eau dans le sol, le potentiel hydrique foliaire avant l’aube, le potentiel hydrique de la tige juste après le midi solaire, plusieurs variables dérivées du diamètre de la tige, la transpiration relative (≈ Ks, par ex. avec les techniques de mesure du flux de sève), la température du feuillage (par ex. par détection du rayonnement infrarouge thermique émis (TIR), par télédétection ou par détecteurs de proximité).

Si ces deux approches sont utilisées séparément, il faut souligner que l’approche du bilan hydrique (A) visant à déterminer l’état hydrique du sol apporte une réponse directe à deux questions : quelle dose appliquer (hauteur d’eau d’irrigation, en mm, associée aux besoins en eau d’irrigation en général) et à quel moment irriguer. Cela correspond aux estimations de la quantité totale d’eau disponible dans le sol (TAW), basée sur les paramètres suivants du système :  teneurs en eau du sol à la capacité au champ (FC) et au point de flétrissement permanent (PWP) exprimées en fraction volumétrique (respectivement, θFC  et θPWP, en m³ d’eau/m³ de sol), et au pourcentage d'eau facilement transpirable admissible, p (voir l’équation 6, appliquée dans le contexte d’un exemple de plante à racines peu profondes). Normalement, en l’absence d’études spécifiques, p est tirée des tableaux de la FAO (Allen et al., 1998) et ajustée à l’ETc, selon les travaux précurseurs et enrichissants de Denmead et Shaw (1962)

Inversement, les indicateurs de stress hydrique (B) renseignent sur quand irriguer, si les seuils sont connus, et éventuellement, sur quelle quantité appliquer. Mais puisque dans ce cas précis une approche essais-erreurs est appliquée, l’approche B n’est pas recommandée pour le pilotage.

Aucune de ces possibilités (A ou B) n’est pleinement satisfaisante en soi. La liste d’incertitudes de la première approche est longue et ses limites ont fait l’objet de discussions poussées (par ex. : Ferreira, 2017). La connaissance de ces limites, principalement dans le cas de l’irrigation déficitaire des cultures non-herbacées a rendu la seconde approche plus populaire, ce qui est bien loin de rendre ses objectifs et résultats complets.

Plutôt que d’être considérée comme « alternatives », la combinaison de ces deux approches s’avère être une solution relativement courante, en usage actuellement – de manière plus ou moins empirique – pour le conseil aux exploitations en matière de pilotage d'irrigation. Ces deux résultats (A et B) peuvent être utilisés pour le contrôle et les ajustements, ou en vue d’obtenir de nouvelles informations. Un exemple d’utilisation expérimentale ainsi que les résultats découlant de cette combinaison dans une étude de cas portant sur des cultures basses (avec racines peu profondes) est décrit brièvement (sans impliquer les mesures ETa ). De plus, dans des expérimentations réalisées en oliveraie irriguée où l’ETa (et par conséquent Kc) avait été mesurée (plantes à racines profondes, résultats publiés), il a été possible d’aller plus loin, et une fonction de coefficient du stress obtenue expérimentalement a pu être comparée aux valeurs modélisées.

Plantes à racines peu profondes

L’expérimentation a eu lieu dans un champ de poivrons d’industrie (Capsicum annuum L. ‘Pompeo F1’) irrigué au goutte-à-goutte situé dans une propriété privée (38º 57´07” N, 7º48´41”, 226 m) près de Sousel (Portalegre), zone au climat tempéré de type méditerranéen (Csa), et au sol limoneux-sableux. Les goutteurs étaient espacés de 20 cm d’intervalle, avec un débit nominal de 0,75 L h-1. Les plants ont été transplantées dans le champ le 4 mai 2018. Quatre sous-parcelles ont été constituées, deux avec une ligne simple (T1 and T3), et deux autres avec deux lignes doubles et du plastique entre elles (T2 and T4) ; deux devant être sous des conditions sans stress (T1 and T2) et deux sous stress (T3 and T4) ; de cette façon, la fonction stress était utilisée, et pour garantir différentes valeurs d’indice de surface foliaire (LAI) sur un seul côté par unité de surface. Le débit de l’irrigation était enregistré en permanence dans chacune des sous-parcelles.

Concernant l’application du bilan hydrique, la nomenclature suivante sera utilisée (voir les détails mentionnés plus bas) :

  • eau stockée dans la zone racinaire du sol, 
  • pour le jour i : WSi (en mm),
  • variation quotidienne du stock d’eau : 
  • ∆WS = WSi+1 – WSi  (en mm),
  • teneur volumétrique en eau du sol : θ (m3/m3),
  • teneur volumétrique en eau du sol directement mesurée : θmeas (m3/m3),
  • teneur volumétrique en eau du sol modélisée :
  • θmod (m3/m3).

Les deux approches (A and B) ci-dessus décrites ont été utilisées :

A. La modélisation de ETa fournit des données d’entrées pour l’équation du bilan hydrique afin d’obtenir la variation du stock d’eau dans le volume racinaire  (∆WS = WSi+1 – WSi  = résultat, voir équation 1) (ici, volume total d’eau stockée en mm, d’où ont été obtenus la diminution de l’eau du sol et la teneur volumétrique en eau du sol, équation 2).

B. L’indicateur de stress hydrique utilisé pour les plantes/cultures ou l’état hydrique du sol était la teneur en eau volumétrique mesurée directement par la méthode gravimétrique classique (détails dans Carrilho, 2019).

Les variables d’entrée de l’équation de bilan hydrique utilisées au pas de temps journalier [équation 1] sont l’eau stockée dans la zone racinaire du sol, pour la journée i (WSi,  en mm), les précipitations (P, en mm/jour) et la hauteur d’irrigation (I, en mm/jour), mesurées tous les deux, l’ETa estimée (en mm/jour) et, le cas échéant, le drainage estimé (D, en mm/jour) au-delà du volume de contrôle (zone racinaire). Le résultat visé est l’eau stockée dans la zone racinaire pour la journée d’après (WSi+1) et ainsi de suite :

WSi+1 = WSi  + Pi + Ii  – Di – ETai  [1]

Afin de trouver le point de départ de WSi, la fraction volumétrique ou la teneur en eau du sol (θ, m3/m3) était directement mesurée au jour i =1(θmeas,i ) c'est-à-dire :

WSi = zav,i  x θmeas,i  [2]

où zav,i  est la profondeur moyenne de la zone racinaire au jour i, définie comme le volume total occupé par les racines par unité de surface totale du sol. 

La teneur volumétrique en eau du sol pour la journée d’après  (θmod,i+1) était approximativement obtenue de  WSi+1  (équation 1) comme suit :

θmod,i+1 = WSi+1 / zav,i+1 [3]

En comparant les valeurs estimées avec celles mesurées (θmeas,i+1 ), les paramètres principaux de l’estimation de l’ETa peuvent être ajustés de manière à ce que la meilleure correspondance entre les deux séries (modélisée et mesurée) soit trouvée. Les paragraphes suivants démontreront comment les paramètres cruciaux de cette approche simple ont été obtenus.

Variables et paramètres requis afin d’estimer ETa. 

L'équation 4 a été utilisée afin d’effectuer les estimations de ETa :

ETa = ETo × Kc × Ks [4]

où l’évapotranspiration de référence (ETo, en mm/jour) a été obtenue par l’équation de Penman-Monteith avec les conditions des cultures de référence (variables provenant d’une station météorologique standard et des paramètres de l’herbe tel que suggéré par Allen et al., 1998), Kc a été prise en compte dans sa version simple (plutôt que double), dans un premier temps d’après les tableaux actuels du même manuel FAO 56. Le coefficient de stress Ks, lorsqu’inférieur à 1, (ex. : quand SWD > TAW p), a été obtenu en utilisant un modèle simple (Allen et al., 1998) :

Ks = (TAW – SWD)/ [TAW × (1- p)] [5]

où TAW représente le volume total d’eau disponible, SWD représente le déficit hydrique du sol, et la valeur de p fixée à 0,3, définissant l’eau facilement disponible (RAW = TAW × p) pour laquelle la consommation d’eau n’est pas affectée (Ks =1). Si SWD est inférieur à RAW, Ks = 1.

Le TAW est estimé comme d’ordinaire dans les applications d’ingénierie :

TAW = (θFC – θWP) × zav [6]

avec les paramètres θFC et θWP changing as zav variant au fur et à mesure que zav augmente (racines occupant des couches plus profondes avec différentes propriétés), et zav, obtenu en adaptant la fonction sinusoïdale proposée par Borg et Grimes (1986) pour la croissance racinaire, basée sur un grand nombre d’observations de terrain contenant 48 espèces de cultures. Ces résultats sur la profondeur des racines ont été comparés aux mesures locales in situ (trois par saison, Carrilho, 2019) pour ajuster zav, et l’estimation. SWD était généralement estimé ainsi :

SWD = (θFC – θmod) × zav [7]

Les paramètres du sol θFC et θWP ont été obtenus en multipliant les fractions correspondantes de la masse par la densité apparente du sol (Da), le tout mesuré in situ, en quatre couches (de 0 à 50 cm en profondeur) avec quatre répétitions.

Pour ce qui est de la seconde approche (B), divers échantillons de θmeas ont été prélevés sur les mêmes quatre couches de sol, en trois points par parcelle (tuyaux goutte-à-goutte, à 20 cm et 40 cm de ceux-ci), et sur quatre parcelles (48 mesures par jour). L’état hydrique du sol était également surveillé par une entité externe au moyen d’une sonde capacitive de mesure ; résultats douteux non présentés.   

La stratégie se présente comme suit : en réduisant, dans la mesure du possible, l’incertitude inhérente aux paramètres θFC, θWP, zav et en supposant les valeurs p obtenues comme décrit ci-dessus, Kc (pour chaque stade phénologique examiné) a été fixé comme la variable inconnue, dont les valeurs peuvent être obtenues par expérimentation en comparant les valeurs mesurées et modélisées de l’état hydrique du sol. De plus, afin de clarifier l’interprétation des valeurs de Kc obtenues de cette manière, la tendance saisonnière de LAI a été suivie.

La progression saisonnière de la teneur volumétrique en eau obtenue avec les équations 1 à 3 a d’abord été comparée aux valeurs observées à six dates différentes. Les paramètres utilisés au départ (surtout Kc) ont générés de mauvais résultats (non présentés). En conséquence, afin d’améliorer l’adéquation, la courbe d’évolution saisonnière de Kc a été modifiée pour les quatre traitements individuellement, et les sorties donnantle meilleurs résultats ont été analysées, (exemple à la figure 2a, pour le traitement T3), avec les valeurs correspondantes Ks (figure 2b).

La tendance saisonnière de Kc (figure 3a), observée à titre expérimental dans les quatre traitements a été comparée au LAI (figure 3b) mettant en évidence une correspondance relativement bonne, surtout pour les traitements bien irrigués. Les différences majeures par rapport aux valeurs présentées dans Doorenbos et Pruit (1977) et dans Allen et al. (1998) – les deux manuels 24 et 56 de la FAO – portaient sur un cycle végétatif beaucoup plus long et le fait que, en général, Kc ne décroit pas à la fin de la période observée (jusqu’à la dernière récolte commerciale).

Une conclusion méthodologique importante était la possibilité, en recourant à cette approche, d’extraire certains paramètres du modèle sans même avoir à effectuer des mesures de ETa . Cela a été rendu possible grâce à l’accessibilité du système racinaire. Ainsi l’état hydrique du sol est bien représenté par les mesures effectuées, ce qui n’est pas toujours le cas pour les plantes à racines profondes. 

Plantes à racines profondes

Étant donné que l’ancien dispositif expérimental permettait de mesurer directement le Kc, pour les cultures à l’étude, la variable sélectionnée pour ajustement était Ks. Sur oliveraies irriguées au goutte-à-goutte (Olea europea 'Arbequina'), on a pu obtenir des données expérimentales de Ks (fonctions Ks) en lien avec plusieurs indicateurs de stress hydriques (variable indépendante).

Les premiers résultats proviennent de Ferreira do Alentejo (au sud du Portugal), d’un système intensif à forte densité (4,75 x 7 m, 20 % de couverture des sols), durant l’été 2011. Ces résultats ont été publiés dans les ouvrages Ferreira et al. (2012), Ferreira (2017), Conceição et al. (2017a, 2017b, 2018). Une description détaillée des matériels et de la méthodologie est consignée dans ces publications. Dans une expérimentation plus récente (été 2017), ayant eu lieu à Serpa, dans la même région, dans une oliveraie à système super-intensif, un ensemble de données non encore pleinement explorées ont confirmé la fonction de stress établie antérieurement (Lourenço et al., 2020).

Dans les deux cas, les cycles de stress ont été utilisés : il s’agissait, pendant plusieurs semaines des étés 2011 et 2017, de garder sous stress une sous-parcelle, et en même temps de bien en irriguer une autre (pour référence). L’effet sur la réduction de la transpiration (flux de sève) et sur plusieurs indicateurs de stress hydrique a été suivi. Ce qui nous intéresse ici, c’est la réduction relative de l’utilisation de l’eau (Ks) comme conséquence à court terme du stress hydrique.

Dans le contexte actuel, ces exemples sont utilisés pour accentuer la nécessité de vérifier et de modifier les paramètres de la fonction de stress, TAW et p, si l’on suppose que cette forme (équation 5) décrit relativement bien la réalité observée, ce qui n’est pas toujours le cas (Paço et al., 2012). 

La méthode d’analyse de cette courte présentation consiste à montrer les paramètres appliqués aux conditions sous analyse et à les comparer avec ceux qui émaneraient des recommandations des manuels. De plus, l’interprétation est appuyée par des études complémentaires sur le fonctionnement des racines pour la première expérimentation, et sur d’autres études également, menées par la même équipe sur une parcelle d’oliviers non-irrigués proche.

L’usage direct de l’approche décrite (plantes à racines peu profondes) s’avère, dans la plupart des cas, inapplicable aux plantes à enracinement profond. Cela s’explique par le fait qu’il n’est pas réaliste de s’appuyer sur l’hypothèse selon laquelle les variations de stock d’eau mesurées dans les couches inaccessibles illustrent l’utilisation de l’eau par les plantes. Dans la présente situation, les mesures à long terme de l’utilisation de l’eau pour les cultures avaient été effectuées en ayant recours à une combinaison de mesures d’eddy covariance et de l’évaporation du sol (pour assurer la fiabilité) associées à la technique de mesure du flux de sève (pour le long terme). L’application prudente de telles techniques dans les terrains de culture d’olives mentionnés dans cet article est complexe mais avait déjà été décrite en détails (par ex. :  Conceição et al., 2017 et Tezza et al., 2019).

Durant ces deux cycles (2011 et 2017), au cours desquels une sous-parcelle avait été placée en situation de stress, alors que l’autre était bien irriguée, Ks n’était pas modélisé mais avait été expérimentalement obtenu, étant le résultat approximatif du rapport entre l’eau utilisée dans les deux sous-parcelles (supposant que Kc est resté inchangé, pour la durée du cycle de stress). Les résultats ont permis d’effectuer la dérivation d’une fonction pour la réduction de la transpiration (Ferreira, 2017, 2020), ce qui fut confirmé dans l’expérimentation de Serpa, plus simple et effectuée à une date postérieure (Lourenço et al., 2020). 

Les paramètres de l’équation 5 précisément adaptés aux résultats expérimentaux sont p = 0 04 et TAW = 310 mm (figure 4).

La différence entre les deux valeurs pour TAW (168 mm et 310 mm, figure 4) suggère que les racines avancent plus en profondeur que ne l’illustrent les tableaux et les premières observations. Inversement, la valeur constatée pour p est assez différente de celle suggérée dans les tableaux. Ce constat s’accorde avec nos observations de la fermeture modérée des stomates à une étape assez précoce du stress hydrique, dans ce cultivar, qui présente des caractéristiques iso-hydriques (Conceição et al., 2017b).

De plus, l’ensemble des résultats de mesures des flux remontant à trois ans ont éclairé les aspects relatifs au volume exploité par les racines :

  • pour les oliviers irrigués au goutte-à-goutte, soumis aux pratiques d’irrigation déficitaire de l’exploitant, l’utilisation totale de l’eau pendant la saison d’irrigation était supérieure aux volumes totaux d’irrigation mesurée (Conceição et al., 2017), et cela en dépit de leur jeune âge. Cela pourrait peut-être s’expliquer par le fait que les plantes utilisent un volume important d’eau stockée en hiver et en début de printemps dans des couches relativement profondes.
  • un suivi de l’état hydrique du sol à une profondeur atteignant 1,3 m (associé à des études sur la redistribution hydrologique sur terrain pluvial et terrain irrigué) suggère également une exploitation importante de couches profondes du sol (par ex. : Conceição et al., 2018, Ferreira et al., 2018). En outre, et plus important encore, sur ce terrain, l’eau disponible entre la surface et 1,3 m de profondeur n’était pas suffisante pour assurer les flux observés (données non publiées). En conséquence, les mesures des couches supérieures du sol n’ont probablement qu’une valeur indicative (limites des mesures du sol, lorqu’utilisées seules pour des plantes à racines profondes).

En conséquence, dans cette étude de cas portant sur cultures ligneuses profondes, très résilientes et bien adaptées aux pénuries d’eau de l’été, les approches communes de modélisations pour l’ETa utilisées seules et sans vérification, peuvent s’avérer inadaptées dans les cas d’application générale de l’irrigation déficitaire (évapotranspiration réduite par le stress). Réciproquement, les mesures du sol seules peuvent également être un échec pour le pilotage de l’irrigation. Dans ce genre de situation, le potentiel en eau foliaire avant l’aube s’est avéré très utile, mais n’est malheureusement pas automatisé (Conceição et al., 2017). Une variable sélectionnée dérivée du diamètre de la tige nécessitait une parcelle bien irriguée en guise de référence, ce qui n’est pas pratiqué (Ferreira et al., 2012). 

Si la modélisation de l’ETa est cruciale pour extraire des paramètres des modèles sans mesures de l’ETa, comme effectué dans l’exemple des plantes à racines peu profondes, cette technique peut être difficile pour les plantes à racines profondes. Un exercice d’essai-erreur pourrait éventuellement apporter des réponses partielles, des approches statistiques (par ex. :  Azevedo, 2019) pouvant même être possibles.

 


[1] Nomenclature d’unités territoriales statistiques, le niveau II caractérisant les NUT de 800 000 à 3 millions d'habitants. 

Pour citer cet article :

Référence électronique :
FERREIRA, Maria Isabel ; CARRILHO, Vasco ; CONCEIÇÃO, Nuno ; LOURENÇO, Sonia ; LEAL, Goncalo, Combinaison de modèles de bilan hydrique et d’indicateurs de stress hydrique pour le pilotage de l’irrigation : étude de cas au Portugal, Revue Science Eaux & Territoires, Économies d’eau en irrigation, numéro 34, 2020, p. 58-65, 28/11/2020. Disponible en ligne sur <URL : http://www.set-revue.fr/combinaison-de-modeles-de-bilan-hydrique-et-dindicateurs-de-stress-hydrique-pour-le-pilotage-de> (consulté le 25/02/2021), DOI : 10.14758/SET-REVUE.2020.5.11.

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