Avec un taux de boisement de 9 % contre 28 % pour la moyenne française(Institut forestier national, 2010), les départements du Nord et du Pas de Calais sont ceux qui comptent le moins d’arbres en France. Depuis 2013, l’association « Les planteurs volontaires » y organise des plantations citoyennes autour de projets portés par les agriculteurs et les collectivités. 

Dans le Nord et le Pas-de-Calais, une espèce de fleur disparaît chaque année depuis un siècle [1]. Dix-sept espèces de papillons sur quatre-vingt-dix répertoriées ont disparu en trente ans [1]. Environ mille huit cents hectares de terres agricoles et d’espaces naturels sont sacrifiés tous les ans au prix de l’étalement urbain [1]. Dans certains secteurs, les sols agricoles soumis à des pratiques culturales intensives connaissent des processus érosifs soutenus, qui sous l’effet de fortes pluies peuvent engendrer des phénomènes de coulées de boues. Face à ces problématiques environnementales, l’association « Les planteurs volontaires » agit à la mesure de ses moyens en plantant des haies et des arbres.

Parce que les haies bocagères, arbres têtards, vergers et forêts, sont des éléments du paysage indispensables aux équilibres de la nature, au bien-être des populations et qu’ils offrent un formidable rempart au changement climatique, il convient de les restaurer, les protéger et renforcer leur présence sur le territoire. Depuis octobre 2013, l’association « Les planteurs volontaires » relève le défi en organisant des plantations citoyennes (photo 1). À la fin de l’année 2018, plus de six mille personnes ont ainsi planté plus de cent dix mille arbres !

L’association, qui regroupe aujourd’hui trois salariés (des spécialistes de l’arbre et une écologue), intervient à la fois sur des terrains agricoles (agroforesterie, verger, haie bocagère, bois, etc.) et sur le domaine public (arboretum, haie, verger, trame verte locale, etc.). Les projets sont financés par les collectivités (communautés de commune de Lille, de Douai, de Hennin Carvin…), du mécénat, des dons, des fonds issus d’appels à projets, etc. Le dernier projet en date, le projet AFRame [2] (2018-2021), porté par l’Institut supérieur d’agronomie (ISA) Lille en partenariat avec l’Inra, concerne la mise en place d’un site expérimental d’agroforesterie intra parcellaire, avec la plantation de 4 438 arbres et arbustes sur une parcelle de 18 ha gérée par la Société civile d’exploitation agricole Dequidt à Ramecourt [3] (Pas-de-Calais).

Sur le terrain, les planteurs volontaires sont de tous horizons : bénévoles, associatifs, salariés d’entreprises, élèves, personnes en situation de handicap, etc. L’association s’attache à faire participer les publics les plus éloignés du domaine de l’environnement. Ainsi par exemple, des plantations et des collectes de graines ont été mises en place avec les détenus de la maison d’arrêt de Douai et l’Unité éducative d’accueil de jour (UEAJ) de Sin Le Noble. Ces actions réalisées avec le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) et l’UEAJ ont montré des résultats sensibles dans le comportement, l’assiduité, le respect, la réduction des inégalités socio-écologiques, l’ouverture au monde, le travail en équipe, la prise de confiance, mais aussi l’acquisition de nouvelles connaissances.

En effet, les journées de plantations sont des moments privilégiés pour sensibiliser les populations et les acteurs locaux aux enjeux environnementaux et pour les acculturer aux multiples services rendus par les arbres. Les chantiers réalisés avec des élèves de lycées agricoles (qui représentent les agriculteurs de demain !) sont en particulier l’occasion d’évoquer la biologie des sols, l’eau, les techniques culturales, les auxiliaires de cultures, les continuités écologiques, etc. Mais autour d’un arbre, on en vient aussi forcément à questionner sa présence, l’usage des éléments arborés dans le paysage.

L’association tient particulièrement à ce que ce soit l’agriculteur qui s’exprime auprès des bénévoles autour de son projet de plantation d’arbres et de haies. En effet, les meilleurs ambassadeurs des projets de reboisement sont les agriculteurs, notamment pour expliquer leur démarche auprès du public, mais aussi pour susciter de nouveaux projets parmi les autres exploitants agricoles de la région. De bouche à oreille, ce sont ainsi plus d’une centaine de chantiers qui ont été conduits avec les agriculteurs. En retour, les agriculteurs volontaires bénéficient d’une prise en charge financière de l’opération (achat et transport de plants, pris en charge du chantier de plantation avec les bénévoles…).

En 2019, l’association « Les planteurs volontaires » a été reconnue comme structure de référence en agroforesterie pour la région des Hauts de France. Par ailleurs, elle est à l’origine d’une filière de production de plants bénéficiaires de la marque Végétal local (Clément, pages XX de ce même numéro) mise en place en partenariat avec un pépiniériste de la région de Bailleul. Les semences sont récoltées localement dans le cadre d’un programme d’actions mené avec des détenus et des jeunes en rupture (voir plus haut) et piloté par l’association.

Au-delà de la satisfaction liée au résultat chiffré d’arbres et d’arbustes plantés chaque année, l’association se revendique comme un vecteur de liens entre l’arbre et le citoyen et entre les citoyens eux-mêmes. En plantant un arbre on fonde l’avenir. Pas seulement le sien et celui de ses enfants, quand on plante un arbre, on le plante pour tous.

 


 

[1] Source : Direction Régionale de l’Environnement de l’Aménagement et du Logement : https://www.hauts-de-france.developpement-durable.gouv.fr/?L-environnement-en-Nord-Pas-de-Calais-Tome-1-Etat-des-lieux

[2] Projet AFRame : http://www.agroforesterie-hautsdefrance.org/

[3] https://issuu.com/planteursvolontaires/docs/ramecourt_md

Pour citer cet article :

Référence électronique :
GUILLOU, Alan, En direct des territoires – Les planteurs volontaires, Revue Science Eaux & Territoires, Ressources en eau, ressources bocagères, numéro 30, 2019, p. 90-91, 03/10/2019. Disponible en ligne sur <URL : http://www.set-revue.fr/en-direct-des-territoires-les-planteurs-volontaires> (consulté le 18/09/2021), DOI : 10.14758/set-revue.2019.4.19.

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