Zoom sur une association dédiée à l’organisation et à la promotion au niveau mondial des relations entre gestionnaires, praticiens, étudiants et scientifiques œuvrant dans les domaines de l’écologie de la restauration et de la restauration écologique.

Une organisation non gouvernementale au service de la restauration écologique

La Société internationale pour la restauration écologique (SERI) est une organisation non gouvernementale enregistrée aux États-Unis. Elle est forte aujourd’hui de 2 300 membres comprenant des individus et des organisations qui sont activement engagées dans la « réparation écologique » et la gestion conservatoire des écosystèmes (Clewell et Aronson, 2010). Cette réparation écologique consiste plus aujourd’hui à favoriser la résilience naturelle d’un écosystème que de reconstituer toutes les composantes de l’écosystème préexistant dégradé. Cette dégradation peut en effet prendre plusieurs formes, de la disparition d’espèces rares à l’invasion d’espèces exotiques jusqu’à la disparition de certaines fonctions écologiques de l’écosystème (rôle tampon des zones humides vis-à-vis des crus par exemple). Les membres de cette société regroupent classiquement des scientifiques, des planificateurs, des administrateurs et des consultants en environnement, mais aussi, et de manière plus originale, des représentants des peuples premiers, des paysagistes, des philosophes, des enseignants, des auteurs, des cultivateurs, des activistes communautaires et des volontaires, etc. Cette organisation n’est pas ainsi une quelconque société savante ou un groupe lobbyiste, mais un véritable lieu d’échanges à l’échelle mondiale dans le domaine de la restauration écologique quel que soit l’angle d’approche.

Fondé en 1988 aux États-Unis, la SERI possède actuellement des membres dans 37 pays et comprend 14 secteurs correspondant aux grandes régions de l'Amérique du Nord, l'Angleterre, l'Europe, l'Australie et l'Inde. Cette association est actuellement reconnue par les entreprises publiques et privées, non seulement comme une source d'expertise dans le domaine des sciences de la restauration, mais aussi comme une source de savoirs techniques, pratiques et politiques. Cette société réalise notamment ses objectifs via des coopérations avec des organisations associées comme les sociétés internationales d’écologie scientifique, mais également et en majorité par le travail de ses adhérents.

Il est important de noter que la société elle-même ne s’engage pas directement dans des projets de restauration car sa mission est plutôt de « Promouvoir la restauration écologique comme le moyen de maintenir la diversité de la vie sur la Terre et de rétablir une relation écologiquement saine entre la nature et la culture ». De fait, la SERI joue surtout un rôle de facilitateur dans les nécessaires dialogues entre les « restaurateurs » afin d’encourager notamment la recherche, la promotion, la vulgarisation et les débats publiques dans ce domaine.

Des actions multiples à l’échelle mondiale

Les actions de la SERI se conjuguent sous plusieurs formes, dont l’organisation de conférences internationales tous les deux ans qui constitue les événements majeurs de la vie de la société. Les membres s’y rencontrent pour échanger des idées et des informations au travers notamment d’ateliers thématiques et de sorties de terrains servant à illustrer différents exemples concrets. La quatrième conférence mondiale en écologie de la restauration aura ainsi lieu à Mexico du 21 au 25 août 2011. Plus d’un millier de participants y sont attendus.

Cette société édite également un journal scientifique international « Restoration Ecology » depuis 1993. En quelques années, cette revue est devenue une référence incontournable en matière de publications d’articles scientifiques dans le domaine de l’écologie de la restauration, dont les thématiques incluent notamment les recherches appliquées sur la restauration écologique ainsi que les principes écologiques qui sous-tendent les processus de restauration, mais également des descriptions de techniques originales et des synthèses bibliographiques sur des aspects spécialisés de la restauration écologique. La SERI a également édité le « Primer on ecological restoration » ou Abécédaire sur la restauration écologique qui est un texte contenant les définitions, bases et principes de la restauration écologique tels que les conçoivent la SERI (voir également sa traduction française en annexe du livre de Clewell et Aronson, 2010).

Aujourd’hui, suite au développement de la « Toile », les réseaux dans le domaine de la restauration écologique sont devenus un des moyens principaux pour le développement de ce secteur émergent. Plusieurs réseaux sont ainsi affiliés à la SERI, tel le réseau pour la restauration des peuples indigènes et de leur culture qui a été créé pour promouvoir des utilisations appropriées des connaissances écologiques traditionnelles comme un des principes directeurs de la reconstitution de l'environnement et de la culture des peuples indigènes. Les activités du réseau pour la restauration des peuples indigènes sont notamment de soutenir les communautés natives et tribales dans leur besoin d'aide technique pour la restauration environnementale et leur réadaptation culturelle. Il agit également pour aider les politiques et praticiens de la restauration afin de mieux intégrer les connaissances écologiques traditionnelles dans les projets de restauration incluant les concepts de souveraineté politique, économique et culturelle en rapport avec la présence de peuples indigènes.

Le réseau mondial de restauration offre un portail internet complet sur chaque aspect concernant la restauration écologique, y compris des études de cas, des bases de données, des articles scientifiques, des répertoires d’experts, mais aussi des émissions concernant une vaste gamme de sujets liés à la dégradation écologique, la conservation et la restauration. Le site Internet, la lettre d'information et le bulletin numérique constituent également des forums importants pour la communication, le travail social de proximité et l'échange d'informations essentielles notamment sur les offres et demandes d’emplois dans ce secteur.

Le cas de l’Europe

La section Europe de la SERI existe depuis 2001. Elle est de taille beaucoup plus modeste et comporte actuellement une centaine de membres, en majorité des scientifiques, issus des pays du Nord de l’Europe (Pays-Bas, Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique). Une des caractéristiques de cette section est que contrairement à toutes les autres, les pays membres ne partagent pas la même langue d’origine, ce qui est un frein certain pour les échanges, notamment entre les professionnels. Cette situation évolue malgré tout avec la mise en place de traductions simultanées lors des dernières rencontres et une augmentation croissante de l’usage de l’espagnol et du français.

Les missions de la SER Europe reprennent bien évidement celles de la SERI avec cependant quelques spécificités comme une attention particulière à la restauration d’écosystèmes culturels résultant de pratiques traditionnelles multiséculaires. À titre d’exemples, nous pourrions ainsi citer la majorité des articles de ce numéro, notamment ceux consacrés à la restauration écologique des hauts de falaises du littoral atlantique (Gallet et al., p. 12-19), des prairies sèches (Jaunatre et al., p. 36-39 ; Coiffait-Gombault et al., p. 54-57) ou des zones humides (Élouard et al., p. 58-59 ; Gaucherand et Isselin-Nondeleu, p. 60-63) intégrant les marais (Paillison et al., p. 20-25 ; Le Névé et al., p. 42-47) ou les tourbières (Parkinson, p. 32-35 ; Clément et al., p. 48-53) qui font tous références à la restauration d’écosystèmes transformés par des pratiques agricoles ou artisanales traditionnelles (pâturage, fauchage, brûlis, étrépage, faucardage, exploitation de la tourbe, des chaumes de phragmites, etc.) et non à la restauration d’hypothétiques écosystèmes originels exempts d’impacts anthropiques.

Une action de lobbying auprès de la Commission européenne concernant la définition de la restauration écologique en Europe, des politiques incitatives et l’élaboration d’une charte commune à toutes les entreprises européennes œuvrant dans ce domaine vient également compléter les missions de SER Europe.

La centaine de membres qui composent la section Europe de la SERI est cependant très active. Depuis 2001, elle a ainsi déjà organisé sept congrès européens en alternance les années paires avec les congrès mondiaux qui rassemblent entre 400 et 500 personnes venus du monde entier. Après les Pays-Bas (Nimègue, 1998), l’Angleterre (Liverpool, 2000), la Hongrie (Budapest, 2002), l’Espagne (Saragosse, 2005), l’Allemagne (Greifswald, 2006) et la Belgique (Gand, 2008), c’est la France qui a accueilli en 2010, le septième congrès européen d’écologie de la restauration au centre des congrès du Palais des Papes en Avignon entre le 23 et le 27 août 2010 (Dutoit, 2010 [1]). Ce congrès a attiré près de 450 personnes (photo 1) et a été particulièrement consacré à la restauration écologique des écosystèmes méditerranéens et aux nécessaires échanges entre les rives nord et sud du bassin méditerranéen dans ce domaine. Le prochain colloque européen aura lieu du 9 au 12 septembre 2012 à Buweiser en République Tchèque (http://www.ecer2012.eu/).

Une autre action phare de la section Europe est l’organisation d’écoles d’été. La dernière s’est déroulée à Munster en Allemagne (photo 2). Ces écoles d’été sont une formidable opportunité d’échanges au cours d’ateliers et de visites sur le terrain entre spécialistes, étudiants et professionnels sur des cas concrets. Ces écoles regroupent chaque année entre 20 et 30 personnes. Enfin, à l’image du GRN de la SERI, une base de données accessible gratuitement est actuellement en cours de constitution : « La base européenne de connaissances en restauration écologique ». Elle permet déjà de consulter en ligne plusieurs centaines d’études et de cas concrets qui se présentent sous la forme de résumés étendus de quatre pages issus des deux derniers congrès européens (Gand et Avignon).

Quelle place pour la France ?

Longtemps peu présents du fait de l’origine anglo-saxonne de cette organisation, les Français occupent une place de plus en plus importante au sein de ces organisations, notamment depuis trois années suite à la création de trois réseaux nationaux sur la restauration écologique (Réseau d’échanges et de valorisation en écologie de la restauration, REVER), du génie biologique (Association française de génie biologique pour le contrôle de l’érosion des sols, AGéBio) et de l’ingénierie écologique sensu lato (Groupe d’application de l’ingénierie des écosystèmes, GaiÉ). Ces réseaux regroupent chacun plusieurs centaines de membres. Si les praticiens (bureaux d’études, gestionnaires d’espaces naturels, entreprises de génie écologique, etc.) dominent dans les deux premiers (plus de 60 % notamment au dernier colloque REVER), le réseau GaiÉ est plutôt quant à lui représenté par des scientifiques avec une vocation d’audience internationale.

Bien que de nombreux chercheurs soient investis dans la restauration écologique des écosystèmes depuis les années 1980 et que celle-ci se pratique couramment dans les espaces naturels protégés, comme mesure d’atténuation d’impacts ou de compensation écologique suite à des aménagements destructeurs, la communauté des chercheurs en écologie de la restauration ne commence réellement à se structurer que dans les années 1990 suite au programme « Recréer la Nature » du ministère en charge de l’environnement (Chapuis et al., 2002), mais aussi et surtout depuis 2007, suite au programme interdisciplinaire en « Ingénierie écologique » de l’Institut national Écologie Environnement (INEE) du CNRS et du Cemagref qui ont soutenu financièrement les réseaux français depuis leur création. Aujourd’hui, une réelle volonté d’établir des passerelles entre chercheurs et praticiens se concrétisent ainsi par la réalisation de journées ateliers telles celles du réseau REVER à Avignon en janvier 2009 (Dutoit et Rey, 2009 ; Dutoit et Sabatier, 2010),  Brest en janvier 2010 (ce numéro) et Metz en février 2011.

Les chercheurs et praticiens français ont ainsi l’opportunité de prendre toute leur place dans les réseaux d’échanges nationaux et de franchir le pas pour s’investir dans les réseaux internationaux. Suite au Grenelle Environnement, à la mise en place de la Trame verte et bleue et des mesures compensatoires par l’offre, de réelles demandes voient le jour en matière de restauration écologique des écosystèmes tant au niveau de l’acquisition de connaissances que de la mise en place opérationnelle du génie écologique. Le ministère en charge de l’écologie a ainsi reconnu le génie biologique comme une filière de l’économie verte à privilégier dans le cadre du développement durable. Les réunions et les groupes de travail foisonnent en matière de structuration de la recherche et des filières en ingénierie écologique à l’initiative du CNRS, de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité et du ministère chargé de l'écologie. Dans un monde à l’économie globalisée, la réactivité face à de nouveaux secteurs émergents est un élément fondamental de la future place économique des entreprises. Il est ainsi primordial que les chercheurs et praticiens de la restauration écologique se retrouvent tant dans les réseaux nationaux qu’internationaux pour être informés des derniers développements de ce secteur. Même si la SERI est largement composée de membres originaires d’Amérique du Nord, cette structure reste très ouverte aux apports de connaissances et de compétences de membres d’autres cultures, sans ostracisme aucun. En effet, la restauration écologique des écosystèmes présente une telle diversité d’objectifs et de méthodes d’actions en lien avec la diversité des écosystèmes, qu’aucune nation et qu’aucune entreprise ne pourra prétendre à une maîtrise totale des connaissances, compétences et techniques pour agir partout dans le monde. C’est cette situation propre aux domaines relevant de l’écologie appliquée qui est l’origine d’un accroissement des échanges et collaborations plutôt que d’une compétition exacerbée.



[1] Le livre des résumés (en anglais) est encore disponible gratuitement sur simple demande à l’adresse de l’auteur de cet article.

Pour citer cet article :

Référence électronique :
DUTOIT, Thierry, La Société internationale pour la restauration écologique, une association pour promouvoir la restauration des écosystèmes au niveau mondial, Revue Science Eaux & Territoires, Restauration écologique, numéro 05, 2011, p. 6-9, 23/05/2011. Disponible en ligne sur <URL : http://www.set-revue.fr/la-societe-internationale-pour-la-restauration-ecologique-une-association-pour-promouvoir-la> (consulté le 24/10/2021), DOI : 10.14758/SET-REVUE.2011.5.02.

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