Le projet Brie‘Eau : vers une nouvelle construction de paysage agricole et écologique sur le territoire de la Brie - Introduction

Le projet Brie Eau est un véritable défi. Celui de rassembler un groupe d’acteurs très différents, avec des questionnements variés autour d’un problème concret celui de la protection de la qualité de l’eau dans un territoire agricole fortement spécialisé en production céréalière, avec pour objectif de produire des réponses durables et partagées d’aménagement du territoire à l’échelle d’un bassin versant. C’est sous cet angle que le projet Brie’Eau a été soumis au programme de recherche « Pour et sur le développement régional » (PSDR4, www.psdr.fr) en présentant un montage de projet de recherche-action associant un duo acteur (association AQUI’Brie et chercheurs INRAE). En répondant à l’axe « Écologisation de l’agriculture », le projet Brie’Eau a ainsi été financé par PSDR région Ile de France (2016-2020) et a reçu aussi le soutien du Piren Seine (www.piren-seine.fr) sur la période 2016-2018. 

Le projet Brie Eau s’appuie sur une histoire de confiance entre chercheurs, agriculteurs, élus de collectivités et agents de développement agricole et environnemental qui s’est construite dès 2005 autour de la mise en œuvre d’une zone expérimentale, la zone tampon humide artificielle (ZTHA) à Rampillon : début de l’évaluation de la performance en 2012, Prix national du génie écologique en 2014. Une fois cette zone expérimentale implantée, sur la commune de Rampillon, au sein d’un bassin versant de 400 hectares, d’autres questions ont émergé. Est-ce que la ZTHA est reproductible ? Dans quelle mesure est-elle vraiment efficace ? Si son efficacité est prouvée, ne pourrait-elle pas constituer dans le futur un « droit à polluer » ? Comment les acteurs locaux se sont-ils appropriés cette zone artificielle ? Et dans quelles mesures cette dernière peut-elle fournir d’autres fonctionnalités ou services rendus à l’échelle des territoires ?

C’est pour répondre à ces questions que les porteurs de la ZTHA de Rampillon ont initié en 2016 le projet Brie’Eau. Sur le plan scientifique, le questionnement autour des outils développés était double : comment pouvait-on les adapter à une plus grande échelle ? Et dans quelle mesure pouvaient-ils répondre à d’autres enjeux que celui de la protection de la ressource en eau, et en particulier à celui de la préservation de la biodiversité. Cette idée initiale de considérer la biodiversité comme un enjeu plus fédérateur et moins conflictuel que celui de la qualité de l’eau s’est avérée quelque peu naïve tant les relations homme-nature sont complexes. Après réorientation de la question initiale, la démarche participative ne vise pas à déployer une innovation technique par la construction de son acceptabilité sociale, mais bien à déployer le débat sur les pollutions diffuses, en mettant en discussion deux leviers d’actions complémentaires : les zones tampons et les changements de pratiques agricoles. Ainsi le projet Brie’Eau s’organise autour de trois volets : un volet technique (acquisition de résultats quantitatifs), un volet démarche participative (en atelier) autour de la discussion s’appuyant sur des outils de dialogue territorial, un volet communication sur la base d’articles scientifiques, de parcours pédagogique, de supports vidéos disponibles sur Youtube, et ce numéro spécial présentant l’ensemble des résultats. 

Ce projet est une histoire humaine, intégrant de nombreuses disciplines et compétences complémentaires dont chacun a pu apprendre de l’autre et en tirer des « apprentissages ». 

Compte tenu de la diversité des acteurs impliqués dans le projet, la première étape a eu pour objectif de se connaitre et de se comprendre. Il a tout d’abord fallu que chaque partie prenante expose sa vision de la réalité du territoire et du rôle des ZTHA pour résoudre la question de la préservation de ses ressources. Grâce à l’outil METE'EAU il a été possible de construire une vision commune du territoire et du projet et de la partager. 

Il a fallu ensuite objectiver cette réalité avec des données produites et co-construites par ces mêmes acteurs. Il en a résulté une collaboration étroite et durable entre agriculteurs et chercheurs pour produire des résultats établissant un lien entre les pratiques agricoles et leurs impacts sur la qualité de l’eau et la richesse de la biodiversité. C’est notamment sur la perception de ce second point que le travail fut plus ardu. Car la notion de biodiversité, même si elle est vécue quotidiennement par l’ensemble des participants, n’a pas la même valeur pour toutes les catégories d’acteurs. Il a donc été nécessaire de l’appréhender collectivement et concrètement sur le terrain. Au-delà des diagnostics et des données produits, de nombreux rendez-vous ont eu lieu, au cours du projet, pour s’approprier la richesse et la diversité spécifique du milieu. Ce fut un des facteurs clés de réussite du projet de se retrouver ensemble pour partager ses conclusions et ses apprentissages. Chaque rendez-vous et chaque partage ont renforcé le lien entre les parties prenantes, et au final permis de créer une culture commune.

L’étape suivante à consister à se projeter pour imaginer un territoire agricole économiquement viable et durable. Le changement d’échelle a été possible grâce à un outil d’élaboration de scénarios, le simulateur Coclick’eau. Là encore, chacun est venu avec ses perceptions et ses ambitions. Mais les habitudes et la confiance issues des premières étapes du projet, ont permis à toutes les parties prenantes d’élaborer de manière participative ces scénarii. Les rapports entre collectivités, décideurs locaux, chercheurs et agriculteurs s’en sont trouvés renforcés. Ces différents scénarii d’évolution validés collectivement ont servi de base de discussion à l’aménagement du territoire en s’appuyant sur le jeu de rôle Reseau’lution diffuse. Le jeu de rôle a permis de créer un espace constructif de dialogue entre les participants pour aboutir à un ensemble de solutions librement partagées. C’est sur cette base que ces mêmes acteurs ont pu se projeter sur un projet commun à l’échelle du bassin versant. Une ultime étape de synthèse a été indispensable pour que chacun puisse se retrouver dans cette démarche et porter le projet à venir.

Brie Eau aura donc été une expérience riche où chaque acteur a pu prendre le temps d’évoluer, de se rapprocher des autres parties prenantes pour élaborer un projet commun. Le chemin fut long, mais les résultats se sont concrétisés rapidement. Le projet a donné lieu à un partage continu des savoirs académiques et empiriques entre tous les acteurs. Il a permis aussi une transmission et un passage de témoin entre un objet de recherche et désormais un réseau de zones tampons qu’agriculteurs et collectivités se sont appropriés et portent comme une richesse de leur territoire.

Des ateliers réunissant une trentaine d’acteurs en moyenne se sont déroulés dans une ambiance sereine propice aux échanges. Cette ambiance est notamment due à l’absence de pression réglementaire. Le dialogue a pris place dans le cadre d‘un projet de recherche sans obligation d’aboutir à un plan d’action à valeur réglementaire. C’est au final, la plus grande réussite du projet Brie’Eau qui a permis de fournir, à un territoire et à ses habitants, des outils pour élaborer un ambitieux projet d’aménagement de ce même territoire. C’est aussi l’assurance qu’avec une telle démarche, basée sur la confiance et la co-construction, d’autres territoires pourront à l’avenir s’en inspirer et envisager des projets de ce type. 

Porteur acteur : François Birmant, Aqui’Brie.

Porteur chercheur : Julien Tournebize, INRAE, UR HYCAR.

Pour citer cet article :

Référence électronique :
TOURNEBIZE, Julien ; BIRMANT, François, Le projet Brie‘Eau : vers une nouvelle construction de paysage agricole et écologique sur le territoire de la Brie - Introduction, Issue Le projet Brie‘Eau : vers une nouvelle construction de paysage agricole et écologique sur le territoire de la Brie, 2021, special issue number. V, p. 2-3. Available at URL : http://www.set-revue.fr/le-projet-brieeau-vers-une-nouvelle-construction-de-paysage-agricole-et-ecologique-sur-le-territoi-0 (read the 19/10/2021)., DOI : 10.14758/set-revue.2021.cs5.01

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