Le contexte agricole subit depuis de nombreuses années d’importants bouleversements tant sur le plan économique que social, politique et juridique. La mondialisation des échanges, les réformes successives de la Politique agricole commune et les nouvelles attentes des consommateurs et des citoyens, conduisent les acteurs du secteur agricole à imaginer des solutions plus flexibles et plus performantes tant d’un point de vue économique et technique qu’environnemental, pour répondre à ces nouvelles exigences.En matière de préservation de l’environnement, le secteur agricole doit répondre aux attentes de la société au regard de la réduction des intrants et des pollutions diffuses, de l’amélioration des performances énergétiques des exploitations ou encore de la mise en place de démarche de certification environnementale des exploitations agricoles (telles qu’identifiées dans les conclusions du Grenelle Environnement). Pour cela, il est important de disposer d’outils et d’éco-indicateurs pour évaluer de manière objective les performances des systèmes de production, les pratiques des agriculteurs ou les technologies agricoles, qui disposent encore de marges d’amélioration de leurs performances environnementales et permettre ainsi de réduire à la source les risques de pollution des agro-écosystèmes. Les écotechnologies semblent être bien placées pour pouvoir contribuer aux objectifs fixés par le Grenelle Environnement puisqu’elles permettent la préservation de l’environnement en étant moins polluantes, en utilisant de façon durable toutes les ressources, en autorisant le recyclage d’une proportion plus importante de leurs déchets et en gérant les résidus de manière plus acceptable que les technologies qu’elles remplacent. Les articles présentés dans ce numéro de la revue Sciences, Eaux & Territoires sont issus du symposium ECOTECHS’08 « Des éco-indicateurs à l’évaluation et à la certification environnementale » qui s’est tenu les 21 et 22 octobre 2008 sur le site de recherche et d’expérimentation du Cemagref à Montoldre (Allier). Les communications exposées lors du symposium ont présenté à la fois des approches méthodologiques et quelques constructions d’indicateurs (portant sur les impacts, les technologies ou les flux consommés) pour évaluer les performances environnementales des systèmes de productions agricoles. Bien que les exemples portent avant tout sur des systèmes de production précis (grandes cultures, viticulture, élevage porcin, élevage laitier…), ces communications ont souligné tout l’intérêt de disposer d’approches transverses et communes à différentes filières de production. Elles ont également souligné la nécessité de ne pas dissocier la dimension environnementale des dimensions économiques et sociales afin de garantir une véritable durabilité des systèmes de productions agricoles.Ces communications ont permis par ailleurs de rappeler la place centrale qu’occupent les méthodes d’analyse du cycle de vie (ACV) pour évaluer les performances environnementales d’un système en allant jusqu’à l’évaluation/quantification des impacts des pratiques agricoles à différentes échelles (systèmes de cultures, systèmes d’exploitation, filières). Bien que les résultats d’une ACV soient parfois difficiles à communiquer, la présentation de l’outil simplifié et opérationnel EDEN a montré que ces outils peuvent désormais être accessibles, compréhensibles et donc utilisables par un plus grand nombre. Pour éviter les transferts de pollution et garantir une approche globale des systèmes étudiés, il est du reste important d’inscrire l’utilisation des indicateurs dans des démarches de certification globale des systèmes de production, comme dans la mise en place, au niveau du ministère en charge de l’agriculture, de la certification environnementale des exploitations agricoles.Riche de cette expérience, ce numéro de Sciences, Eaux & Territoires propose des articles reflétant les principales approches abordées dans le symposium. La première partie du numéro est consacrée aux méthodes permettantd’évaluer la durabilité de l’agriculture en proposant un état de l’art général de l’usage de l’ACV en agriculture, quelques exemples de durabilité et cas d’éco-indicateurs appliqués à différents systèmes de production (grandes cultures, vigne, élevage porcin…) et une approche systémique de l’évaluation environnementale d’une exploitation agricole. La seconde partie du numéro présente quelques exemples de construction et de mise en oeuvre d’éco-indicateurs appliqués aux pratiques d’épandage et à l’énergie.
Marilys PradelCemagref de Clermont-FerrandUR TSCF, Technologies et systèmes d'information pour les agrosystèmes