Les bananeraies des Antilles françaises (Guadeloupe et Martinique) sont la proie de la cercosporiose jaune et depuis peu de la cercosporiose noire, beaucoup plus dommageable. Cette lutte contre ces champignons parasites est effectuée aujourd’hui principalement par voie aérienne, par épandage d’huile minérale (produit sans nocivité mais à effet fongistatique) complétée ou non par un fongicide.
Lancé en 2008, le projet Optiban (Optimisation des traitements aériens contre la cercosporiose de la banane aux Antilles et recherche de méthodes alternatives terrestres) vise à améliorer ces traitements. Ce projet, commandité par les acteurs de la filière, notamment l’Union des groupements de producteurs de bananes (UGPBAN), et soutenu par la Direction générale de l’alimentation (DGAL) du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du Territoire (MAAPRAT), a été conduit par le Cemagref.
C’est ainsi que plusieurs innovations sont nées, visant à améliorer l’épandage aérien de produits phytosanitaires et à le substituer progressivement par des technologies d’épandage terrestre. Un premier prototype est né des travaux du Cemagref qui devrait être opérationnel d’ici quelques mois et permettre de modifier les modes de traitements actuels.
Ce cahier spécial de la revue Sciences Eaux & Territoires présente au travers de trois articles, trois aspects d’une même volonté d’accompagner les acteurs de terrain afin d’optimiser leurs démarches de production. Il retrace les recherches menées dans ce sens par le Cemagref et présente les résultats qui y sont d’ores et déjà associés.
Optimiser les traitements contre les cerscoporioses des bananeraies, c’est :• améliorer l’efficacité des techniques d’épandage disponibles en concevant des outils de pulvérisation plus précis et plus performants (« Évaluation et amélioration des techniques disponibles d’épandage aérien et terrestre », Carré et al.) ;• concevoir des machines innovantes capables de traiter les bananeraies par voie terrestre dans toutes les configurations de terrain (« Optiban 1, éco-conception d’une solution terrestre innovante », Rombaut et al.) ;• accroître la fiabilité des traitements aériens et réduire leur impact environnemental par une cartographie précise des zones d’épandage et le développement de systèmes d’information permettant une traçabilité « Banatrace, un système d’information géographique multi-acteurs pour la gestion et la traçabilité des épandages aériens », Dumas et al).
Ces innovations sont le fruit d’une recherche partenariale co-construite entre les acteurs de la filière et le Cemagref.La signature d’une convention cadre le 9 avril 2011 entre l’UGPBAN, l’Institut technique tropical et le Cemagref est à la fois le résultat de cette coopération fructueuse permettant d’évaluer le chemin parcouru, mais aussi un appel à poursuivre les actions de recherche autour de trois axes principaux : • des innovations technologiques prenant en compte de façon globale les besoins de mécanisation des exploitations ;• des outils et méthodes pour améliorer la sécurité des opérateurs suite à l’introduction des traitements terrestres ;• des approches d’évaluation environnementale fiables, pour une production bananière durable.
Les projets qui naîtront de ce nouvel élan de coopération seront le fruit d’une synergie partenariale entre les différents instituts de recherche (en particulier avec le CIRAD et l’IRD) et les acteurs de terrain. L’amélioration de l’efficacité physique et mécanique des traitements phytosanitaires et le développement d’alternatives agronomiques innovantes sont, bien évidemment, les deux objectifs principaux de cette recherche ; mais la mise en œuvre de méthodes et d’outils de conduite du changement des pratiques culturales demeure la clé de la réussite. Là est l’enjeu de ces projets communs.
De belles perspectives de recherche-action communes s’ouvrent donc pour l’ensemble des partenaires.
Roger Genet, Directeur général du Cemagref et Eric de Lucy, Président de l’UGPBAN