Dans le Trégor, agriculteurs et élus se sont engagés conjointement dans le développement d’une filière basée sur la gestion durable du bocage et le développement d’un parc important de chaudières bois énergie avec la SCIC Bocagénèse. La protection de l’eau représente un autre enjeu central de la préservation des haies et des talus du territoire.

Le Trégor, cœur du territoire d’action de Lannion-Trégor Communauté est parmi les territoires les plus bocagers de Bretagne (photo 1). Les enjeux de protection de l’eau, de la biodiversité et de l’énergie sont centraux dans la politique et le développement de la collectivité (programme bassins versants, stratégie pour la biodiversité – trames vertes et bleues, plan climat énergie...). Agir pour le bocage vise à développer des systèmes de production agricole peu consommateurs en intrants chimiques, améliorant l’économie et assurant la qualité paysagère des campagnes dans leur diversité.

Aussi les acteurs se sont interrogés pour engager une action forte sur le territoire :

  • comment enrayer la diminution du linéaire de haies (densité : perte de 3 ml/ha/an) et stopper la dégradation des haies (qualité – entretien par des outils mécaniques non adaptés, vieillissement des haies) ?
  • comment accompagner la profession agricole dans la redéfinition d’un métier qui ne peut plus avoir comme unique vocation une production alimentaire fondée sur l’utilisation des ressources fossiles ?
  • comment valoriser ces paysages et le travail des agriculteurs qui les entretiennent ?
  • comment mobiliser cette ressource de bois à des fins énergétiques tout en garantissant le maintien pérenne de la haie, avec ses différentes fonctions écologiques et paysagères.

Témoignage : Jean-Claude LAMANDE, vice-président de Lannion-Trégor Communauté en charge de l’économie agricole, l’aménagement de l’espace rural et de l’environnement 

Une politique bocagère intégrée : de la gestion à la valorisation

Les liens que le paysan entretenait avec sa haie étaient autrefois extrêmement forts parce que vitaux : bois de chauffage, de construction, protection du bétail et des cultures…

Mais, depuis les années 1970, la haie est souvent perçue par les gestionnaires comme une contrainte non valorisable, si bien que le maillage bocager est peu ou mal entretenu, vieillissant et en diminution. Par ailleurs, ce bocage créé pour les besoins d’une agriculture qui en a perdu l’usage devient maintenant une forme de patrimoine, investi de nouvelles fonctions sociales : rôles paysager, hydraulique, biologique, historique. Cet héritage du passé est lourd à porter par les agriculteurs en manque de main d’œuvre et de temps devant une demande sociale forte de conservation.

Ainsi, la meilleure protection du bocage passe certainement par la valeur économique qui pourra lui être (re)donnée. Dans une conjoncture où les énergies renouvelables deviennent d’actualité, le bois est une des réponses possibles sous ses différentes formes d’utilisation : bois bûche, bois déchiqueté, granulés… Le bois énergie offre un potentiel de débouchés pour valoriser le bois de bocage dans des filières locales. Une telle fonction est importante dans les territoires dépourvus de massifs forestiers comme en Bretagne ou en Normandie, où le maillage de haies constitue la principale source d’énergie. Une telle filière présente en outre l’intérêt de tisser un nouveau lien entre agriculteurs et société civile.

Cependant, la fabrication de bois déchiqueté pour les chaudières bois ne doit pas s’accompagner d’une destruction du bocage par excès de prélèvement, conduite unilatérale des haies en taillis, ou non-maîtrise du marché. L’organisation de la filière demande de mettre en place une démarche qualité garantissant la gestion durable des haies.

Deux axes principaux appuient donc la stratégie en faveur du bocage sur le territoire de Lannion-Trégor Communauté.

Témoignage : Christian MEHEUST, Président du Bassin versant « Vallée du Léguer » 

Favoriser les bonnes pratiques de gestion dans le cadre des programmes des bassins versants du Léguer, de la Lieue de Grève et du Jaudy-Guindy-Bizien

Le premier pas est de former et de guider techniquement les agriculteurs qui s’engagent dans une valorisation de leur bois en gestion pérenne :

  • réalisation de plans de gestion du bocage à l’échelle de l’exploitation ou d’une commune,
  • formation des agriculteurs, ainsi que des agents communaux et des particuliers,
  • consolidation des pratiques de gestion pérenne des haies en construisant puis en animant une mesure agro-environnementale et climatique (MAEC) « entretien du bocage » adaptée et rémunératrice.

Participer au développement d’une filière économique bois de bocage garante d’une gestion durable de la ressource

  • Accompagner la Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) Bocagénèse pour permettre le développement de la filière et la diversification de l’activité.
  • Développer les chaufferies bois sur le territoire pour assurer un débouché durable du bois broyé issu du bocage.
  • Participer à la labellisation du bois de bocage géré durablement.

En conclusion, la démarche menée sur ce territoire est intéressante à plusieurs titres : d’une part, sa force réside dans une mobilisation collective des nombreux acteurs autour d’un élément fort du patrimoine paysager local : le bocage. Elle est également originale et novatrice, car elle crée les conditions permettant au bocage d’être un véritable maillon de l’économie locale. Et ainsi d’être moins dépendant d’aides publiques extérieures à l’avenir…

Témoignage : Jean-Pierre LE ROLLAND, Président de la Société coopérative d’intérêt collectif Bocagenèse

Quelques résultats pour illustrer la démarche

  • En 2018, vingt-deux chaufferies livrées par la SCIC, soit cinq-mille-cinq-cents tonnes de bois plaquettes vendues.
  • Cent-cinq sociétaires dont 50 % d’agriculteurs, 5 % d’entreprises prestataires, 15 % de collectivités, 29 % de particuliers.
  • Sur le territoire des trois bassins versants du Léguer, Lieue de grève et Jaudy Guindy Bizien depuis quinze ans : huit cents kilomètres de haies et talus reconstitués, plus de soixante-dix plans de gestion du bocage réalisés chez des agriculteurs, vingt communes engagées dans la gestion durable du bocage de bord de route (33 % des communes de LTC), trente-neuf communes ont protégé le bocage dans leur plan local d’urbanisme (65 % des communes de LTC).

Pour citer cet article :

Référence électronique :
MORET, Catherine ; JOUON, Samuel ; LEBRETON, Lucie, Retour d'expérience - Les filières du bocage, de la gestion durable à la production de bois d’œuvre et de bois énergie : retour d’expérience sur le territoire de Lannion-Trégor Communauté, Revue Science Eaux & Territoires, Ressources en eau, ressources bocagères, numéro 30, 2019, p. 22-25, 03/10/2019. Disponible en ligne sur <URL : http://www.set-revue.fr/retour-dexperience-les-filieres-du-bocage-de-la-gestion-durable-la-production-de-bois-doeuvre-et-de> (consulté le 24/10/2021), DOI : 10.14758/SET-REVUE.2019.4.04.

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