Éric Gobard est agriculteur et maire de la commune d’Aulnoy située sur le bassin versant de l’Orgeval dans le département de la Seine et Marne.
Il nous apporte ici son témoignage sur les recherches menées par Irstea. 

 

Éric Gobard, agriculteur et maire d'Aulnoy« La présence de chercheurs et techniciens d'Irstea est une grande curiosité dans notre territoire de la Brie Laitière. Pendant de longues années, les agriculteurs se sont souvent demandés ce que pouvaient bien chercher ces chercheurs « parisiens » dans nos eaux et dans notre sol. Notre territoire était-il si différent des autres régions, pour qu'un centre de recherche s'installe dans le village de  Boissy-le-Châtel il y a cinquante ans.

En 1979, mon premier entraineur de foot au club de Boissy-le-Châtel était un technicien d'Irstea. Il lui arrivait de nous sermonner, parce que nos barrages de pierres sur la rivière de l'Orgeval lui faussaient ses mesures ! Pour nous, enfants, ces chercheurs travaillaient donc sur notre terrain de jeu favori : les rivières. Travailler à Irstea devait consister à marcher des journées entières sur le lit d'une rivière au milieu d'une campagne verdoyante. Un job plutôt sympa !!!

Dix ans plus tard, on parlait de nitrates et de qualité des eaux. La mode de l'écologie était lancée.        Ils cherchaient des molécules, et soit disant, ils en trouvaient.

En 1992, la grande réforme de la Politique agricole commune annonce clairement que l'objectif premier de l'agriculture française n'est plus de produire des denrées alimentaires. On nous annonce même que nous n'avons plus besoin d'agriculteurs pour se nourrir. L'agriculture peut avoir d'autres vocations : entretenir les paysages, préserver les eaux... Une vision peu productive de notre métier. Il s'agit d'une révolution culturelle dans l'esprit des agriculteurs. En 1995, la préservation de l'eau devient l'enjeu prioritaire numéro un du département de Seine-et-Marne. Ces techniciens d'Irstea qui travaillent sur la qualité des eaux ne sont pas prêts de quitter le bassin de l'Orgeval. Néanmoins, doit-on coopérer avec ces individus qui mesurent des reliquats azotés ou des traces de pesticides à longueur d'année ? De quel côté sont-ils ?

Si certains se sont posé ces questions, l'histoire retiendra la très grande coopération entre les techniciens d'Irstea et tous les agriculteurs du bassin. Il y a les belles techniciennes et stagiaires qui viennent éplucher nos carnets de plaine, relever les noms des produits, les doses appliquées, les dates d'application. Il y a Patrick Ansart qui nous informe des pics de 85 mg N à la sortie de nos collecteurs, les fortes concentrations d'isopoturon lors des premières crues de novembre. En analysant nos pratiques, en nous communiquant ces chiffres, Patrick nous a sensibilisés à l'impact potentiel de nos méthodes culturales. La transparence des échanges de données s'est toujours déroulée dans une très grande confiance. Les mesures des polluants dans l'eau n'ont jamais été perçues comme l'évaluation de mauvaises pratiques. Bien au contraire, ces techniciens essayaient de comprendre le fonctionnement des choses, ce qui nous permettait un jour de faire évoluer nos pratiques. Les agriculteurs ont toujours cru à la technique, c'est pourquoi ils accordent beaucoup de crédit aux techniciens qui descendent sur le terrain en bottes, partager leur quotidien et leurs préoccupations. 

En 2004, un chercheur d’Irstea est arrivé un matin dans la cour de ferme en m'expliquant qu'il souhaitait installer des appareils de mesures sur notre nouveau bassin collinaire. Après trois ans d'études, ce chercheur a démontré que la retenue des eaux hivernales permettait de réduire de 60 % la concentration en nitrates. Ces résultats étaient pour moi inattendus mais très valorisants.

L'histoire d'Irstea sur le bassin de l'Orgeval a accompagné l'évolution de l'agriculture briarde. Aujourd'hui, il se dégage comme une fierté pour notre territoire d'être l'objet de recherches et de mesures sur l'eau. Les nombreuses études menées sur l'eau et notre sol au cours des dernières décennies valorisent le Pays de Coulommiers.  Le bassin de l'Orgeval, est devenu, grâce à Irstea, une terre d'études et de défis. De défis, car nous sommes conscients, nous agriculteurs, que nos pratiques devront évoluer dans  l'avenir. »

Eric GOBARD

Pour citer cet article :

Référence électronique :
GOBARD, Eric, Témoignage : Les recherches menées par Irstea vues par un gars du pays !, Issue Le bassin de l’Orgeval : 50 ans de recherche au service des acteurs de terrain, 2012, special issue number. III, p. 35-35. Available at URL : http://www.set-revue.fr/temoignage-les-recherches-menees-par-irstea-vues-par-un-gars-du-pays (read the 28/11/2021)., DOI : 10.14758/SET-REVUE.2012.CS3.05

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