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Sommaire

Numéro 11
24 mai 2013

Entre les années 1960 et 1980, l’irrigation bénéficiait dans l’esprit du public d’une image positive car elle participait à la modernisation de l’agriculture. Elle est maintenant emblématique des effets négatifs de l’agriculture intensive, et en particulier à ses impacts sur l’environnement. Une bonne partie du corps social a du mal à concilier le spectacle des grands pivots irrigants les grandes cultures et le discours omniprésent sur la préservation des ressources naturelles. Le Conseil d’État s’en fait l’écho dans le rapport L’eau et son droit. Il constate que l’irrigation est à l’origine du principal problème de gestion quantitative rencontré en France. Il considère que les techniques d’irrigation employées sont peu efficaces. Il critique fortement les modes de gestion existants et il semble fonder peu d’espoirs sur ceux qui sont en train d’être mis en place.

L’objectif de ce numéro spécial est de présenter un état des lieux de l’irrigation en France aujourd’hui afin que le lecteur puisse se faire sa propre opinion. Il traite les principaux points soulevés par le Conseil d’État. Le souhait des auteurs est qu’il débouche sur des recommandations d’accompagnement du changement pour une agriculture irriguée productive et respectueuse de l’environnement.

Le Recensement général de l’agriculture réalisé en 2010 donne un cadre général et montre l’importance des changements qui se sont produits en dix ans. On observe une diminution des surfaces équipées et une généralisation des cultures irriguées au nord des régions qui pratiquent ce mode de culture depuis longtemps. Un fait important : les nouveaux irrigants adoptent une gestion individuelle alors qu’elle était traditionnellement collective.

Les techniques d’irrigations sont nombreuses. Le numéro en fait l’analyse en s’appuyant sur les travaux des équipes d’Irstea membres de l’unité mixte de recherche G-EAU (Gestion de l'eau, acteurs et usages) et de leurs partenaires. L’irrigation ne relève pas que de la technique, elle s’inscrit dans une logique économique. Les articles visent à expliciter les modèles qui la sous-tendent afin de faciliter le dialogue entre les exploitants et les autres acteurs locaux.

La gestion de la ressource et des conflits d’usage n’ont apparemment pas de solution parfaite. D’autant que la problématique a évolué sous l’effet conjoint de la politique européenne (directive cadre sur l’eau et sa transposition dans la loi de 2006) et des changements sociétaux. Le numéro fait le point sur les grands types de gestion en France et présente la situation en Espagne afin d’élargir la réflexion.

La rédaction de la revue

Les coordionateurs scientifiques du numéro :
Dominique ROLLIN et Sami BOUARFA
Irstea, centre de Montpellier
UMR G-EAU

Numéro 10
27 mars 2013

Selon le baromètre annuel du Centre d'information sur l'eau, 69 % des Français déclarent boire l’eau du robinet au moins une fois par jour, alors que, paradoxalement, leur confiance dans la qualité de cette eau s’érode d’année en année (ils étaient 78 % à avoir confiance en 2012 contre 86 % en 2010 et 80 % en 2011). Pourquoi le consommateur d’eau estime la qualité de l’eau du robinet peu fiable ? Paradoxalement, l’évolution la plus marquante au cours du vingtième siècle en termes de consommation d’eau domestique, a été la disponibilité d’une eau potable à domicile pour chaque ménage, dont la qualité a permis de faire disparaître les risques sanitaires majeurs liées à une eau polluée (épidémies).

Aujourd’hui, d’autres défis sont devant nous. Les enjeux environnementaux pèsent sur la disponibilité des ressources en eau (en quantité, mais aussi en qualité en raison de la pollution) et accentuent les tensions entre usages. Rappelons que la majorité de la demande en eau provient de l’agriculture et de l’industrie, la consommation domestique des ménages représente seulement 10 à 30 % de la consommation totale d’eau dans les pays de l’OCDE. Depuis quelques années, en Europe, les politiques communautaires et nationales mettent l’accent sur une meilleure utilisation de la ressource en eau.

De surcroît, le renouvellement du patrimoine enterré pèse sur des budgets contraints ; la baisse des consommations constatée induit une baisse des recettes et menace l’équilibre budgétaire des services. En effet, 80 % à 95 % de leurs coûts sont fixes et ne dépendent pas des volumes d’eau distribués. Une « vigilance citoyenne » s’exerce de multiples façons tandis que de nouveaux droits font leur apparition (droit à l’eau).

Ce numéro de la revue Sciences Eaux & Territoires se concentre essentiellement sur la consommation d’eau domestique, ses ressorts et contraintes. Une meilleure connaissance des perceptions et préférences des consommateurs en matière de qualité de l’eau et de consommation, et une analyse approfondie des déterminants (prix de l’eau, éducation…) de la consommation sont en effet indispensables pour construire une politique de la consommation d’eau cohérente, partagée et juste.

Ce numéro apporte une pierre à l’édifice de cette réflexion globale. D’autres pierres concernant la question du financement du réseau d’eau potable ou le débat régie publique versus gestion déléguée, suivront sans aucun doute. La revue s’en fera l’écho.

Bonne lecture !

La rédaction de la revue Sciences Eaux & Territoires

Pour en savoir plus…

CONSEIL D’ÉTAT, 2010, L’eau et son droit, Série Rapports & Études, juin 2010, http://www.conseil-etat.fr/fr/rapports-et-etudes/l-eau-et-son-droit.html

EUROPEAN ENVIRONMENT AGENCY, 2012, Towards efficient use of water resources in Europe, http://www.eea.europa.eu/publications/towards-efficient-use-of-water/at_download/file

Le baromètre 2013 de la consommation d’eau des ménages : http://www.cieau.com/les-francais-et-l-eau

OCDE, 2011, Consommation d’eau des ménages, in « Politique de l’environnement et comportement des ménages », Éditions OCDE.


Numéro 09
19 décembre 2012

En charge depuis maintenant cinq ans au niveau national de la mise en œuvre de la DERU [1] et des discussions avec la Commission européenne sur les procédures contentieuses qui y sont liées, je ne peux que me féliciter de cette publication qui permet de diffuser à l’ensemble des acteurs de l’assainissement le résultat de plusieurs années de recherche dans le domaine du traitement des eaux usées. J’ai la chance de participer à des discussions passionnantes sur nombre de sujets abordés dans cet ouvrage.

Ce sont plus de quatre milliards d'euros qui sont dépensés chaque année en investissement sur la collecte et le traitement des eaux usées, soit, avec l'eau potable, les dépenses les plus importantes des collectivités dans le secteur de l'eau. Ces dépenses ont un effet direct sur l'amélioration de la qualité des milieux aquatiques.

Pour le ministère chargé de l’écologie, Irstea est un des acteurs majeurs de la recherche publique française en assainissement [2] et apporte un appui important pour la mise en œuvre des politiques publiques de ce domaine dont les priorités sont aujourd’hui inscrites dans le nouveau plan national assainissement 2012-2018 [3].

Irstea a développé de nombreux partenariats avec le secteur industriel pour aider à la mise au point et à la fiabilisation de nouveaux procédés et s’inscrit pleinement dans la dynamique d’innovation industrielle autour du traitement des eaux usées.

Je ne peux que me féliciter du rôle majeur joué par Irstea dans le développement de la filière de traitement des eaux usées par filtres plantés de roseaux, qui se décline au niveau du traitement des boues ou des produits de vidange en lit de séchage planté de roseaux. Ces technologies innovantes équipent aujourd’hui avec efficacité de nombreuses petites collectivités. Cette référence est maintenant internationale et les recherches d'optimisation qui sont maintenant menées dans les départements d'Outre-mer présentent beaucoup d'intérêt.

Après cinq années durant lesquelles les services de l'État se sont concentrés sur la mise en conformité des moyennes et grosses agglomérations d'assainissement (> 2 000 équivalent-habitants), un des enjeux du nouveau plan assainissement concerne la mise en conformité des petites stations au regard des objectifs 2015 de bon état des eaux demandés par la directive cadre sur l'eau (DCE). Le travail partenarial autour du groupe EPNAC [4] est fondamental pour évaluer les différentes filières de traitement que peuvent choisir les collectivités. La caractérisation des zones de rejet végétalisées (ZRV), qui se généralisent, s'inscrit dans ce cadre. Il est important de guider les collectivités pour qu'elles choisissent des dispositifs efficaces et faciles d'entretien.

Je tenais à remercier particulièrement Irstea sur  son expertise qui a permis, à certaines stations, une mise en conformité provisoire rapide avec plusieurs années d’avance sur l’échéance initialement programmée. Cela a contribué à éviter une condamnation financière de la France de plusieurs centaines de millions d’euros que nous aurait demandés la Commission européenne pour retard excessif dans la bonne application de la DERU.

Bonne lecture à tous

Bruno RAKEDJIAN
Chef de projet eaux résiduaires urbaines
Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie
Direction de l’eau et de la biodiversité

 


[1] Directive 91/271 relative au traitement des eaux urbaines résiduaires.

[2] À travers une convention avec l'Onema, l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques.

[3] http://www.assainissement.developpement-durable.gouv.fr

[4] Groupe de travail sur l'évaluation des procédés nouveaux d'assainissement des petites et moyennes collectivités (http://epnac.irstea.fr/)

Numéro III
19 novembre 2012

1962-2012 : cinquante ans de recherche
au service des acteurs de terrain

Depuis cinquante ans, le bassin versant de l’Orgeval a été l'objet d’études scientifiques afin de comprendre le comportement hydrologique d'un territoire rural ayant une forte composante anthropique. Ces conditions exceptionnelles de recherche sur le long terme ont pu apporter des éléments de réponse sur les processus de transferts d’eau et de polluants, mais également sur la modélisation des écoulements et leur transposition à d’autres échelles et, de ce fait, améliorer la prévision des risques de manière générale.

Le bassin de l'Orgeval est reconnu aujourd’hui comme un site d'étude privilégié, qui fait désormais partie d'un observatoire plus large, l'observatoire ORACLE. L’objectif de cet observatoire est de fournir les bases scientifiques nécessaires à la gestion et à la maîtrise des risques liés aux événements extrêmes (inondations, sécheresses) ainsi qu'à l’évaluation de l'impact des activités humaines, sur le régime et la qualité des eaux.

Un groupement d'intérêt scientifique (GIS) a été créé autour d'ORACLE regroupant huit établissements de recherche et opérationnels (Irstea, Université Pierre et Marie Curie, CNRS, INRA, AgroParisTech, MINES Paris Tech, Météo-France, Direction régionale et interdépartementale de l'environnement et de l'énergie d'Ile-de-France).

En effet les questions relatives aux ressources en eau et aux risques hydrologiques sont particulièrement importantes dans un contexte où la pénurie en eau et le coût induit par les catastrophes s’accroissent dans de nombreuses régions du monde. De fait, la prise en compte des contraintes environnementales se traduit par une limitation des prélèvements dans les rivières et dans les nappes, par le contrôle des pollutions que génèrent les activités industrielles et agricoles.

Les impacts des changements climatique et anthropique aboutiront à des modifications sensibles des flux d'eau en circulation dans les bassins versants (surface et souterrain), à la construction de nouveaux stockages, à des changements dans la qualité chimique et biologique des eaux.

Connaître et rendre disponible les ressources en eau, et les utiliser de façon durable représentent donc des défis immenses à relever pour nos sociétés.

Nous devons nécessairement anticiper ces changements et imaginer de nouveaux modes de gestion plus efficaces et pouvant s'adapter à des évolutions complexes et largement incertaines. Il est important d’établir des diagnostics fiables à partir de longues observations, d'identifier et de mettre en œuvre des solutions adaptées et innovantes.

Ce cahier spécial de la revue Sciences Eaux & Territoires illustre, par quelques exemples significatifs, la richesse scientifique et technique des résultats de recherche issus de l’étude de ce bassin. Les cinq textes présentés témoignent de ces recherches toujours réalisées au service des acteurs de terrain en charge de la gestion et de l’aménagement des territoires.

Cécile LOUMAGNE, Caroline MARTIN et Gaëlle TALLEC

Irstea

Numéro 08
13 août 2012

Les géosynthétiques sont définis comme des produits dont au moins l'un des constituants est à base de polymère synthétique ou naturel se présentant sous la forme de nappe, de bande ou de structure tridimensionnelle, utilisé en contact avec le sol ou avec d'autres matériaux dans les domaines de la géotechnique et du génie civil.

Le Comité français des géosynthétiques (CFG) (www.cfg.asso.fr) rassemble les différents acteurs partie prenante des géosynthétiques en France : producteurs, distributeurs, prescripteurs, applicateurs, laboratoires de recherche et d'essais, contrôleurs.

Dans le cadre des missions qu'il s'est confié, le CFG organise tous les deux ans une conférence francophone sur les géosynthétiques (www.rencontresgeosynthetiques.org), afin de faire partager aux différents acteurs du domaine l'état des connaissances actuelles relatives à ces matériaux dans divers domaines d'application. La dernière édition s'est déroulée à Tours en avril 2011. La prochaine qui célèbrera les vingt ans des Rencontres Géosynthétiques aura lieu à Dijon en avril 2013.

Il nous a semblé intéressant de proposer aux lecteurs de la revue Sciences Eaux & Territoires, dans le cadre de ce numéro spécial, une sélection des articles issus des Rencontres Géosynthétiques 2011 autour du thème des « Géosynthétiques, un monde durable ».

Selon la définition proposée en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, le développement durable est :

« Un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs [...] ».

Face à l'urgence de la crise écologique et sociale qui se manifeste désormais de manière mondialisée, le développement durable est une réponse de tous les acteurs (États, marché, société civile) pour reconsidérer la croissance économique à l'échelle mondiale afin de prendre en compte les aspects environnementaux et sociaux du développement. Tous les secteurs d'activité sont concernés. Il en va ainsi des applications des matériaux géosynthétiques.

Leur utilisation permet en effet de préserver les ressources naturelles, par exemple en réduisant les quantités de matériaux prélevés dans le milieu naturel (granulats, sable, argile), en remplaçant un filtre granulaire par un géotextile de filtration, ou une couche granulaire par un géocomposite de drainage, ainsi qu'en limitant les prélèvements d’eau souterraine et de surface par utilisation de géosynthétiques dans les bassins, canaux et retenues d’altitude. Elle permet également de protéger les ressources en eau en diminuant les transferts de pollution par l’utilisation de géosynthétiques d’étanchéité et de drainage. Enfin, le CFG promeut les démarches de substitution des géosynthétiques issus de la transformation des hydrocarbures  par des fibres naturelles ou recyclées, afin de contribuer activement à réduire la dépendance aux énergies fossiles et les émissions de gaz à effet de serre.

Certains aspects de l’utilisation des matériaux géosynthétiques sont à la fois sociaux et environnementaux. En effet, les matériaux géosynthétiques participent à la protection des hommes contre les risques naturels, en facilitant la prévention ou en limitant les effets de l’érosion, des effondrements, des séismes, des inondations et des glissements de terrain.

D’un point de vue sociétal, les matériaux géosynthétiques facilitent le transport des hommes puisqu’ils sont utilisés dans les routes et les voies ferrées, les berges fluviales et maritimes, les canaux, les tunnels et ouvrages souterrains, les ouvrages d'art ou dans les bâtiments. Mais il est difficile de scinder les nombreuses applications des matériaux géosynthétiques entre les dimensions « sociale » et « environnementale », tant leur utilisation est à l’intersection des deux domaines et participe au caractère « vivable » de notre monde.

L'objectif de ce numéro spécial est de présenter certaines applications des géosynthétiques au service du développement durable, en évoquant la durabilité des matériaux d'étanchéité dans les ouvrages hydrauliques (Blanco et al. ; Cazzuffi et al. ; Touze-Foltz et al. ; Faure et al. ; Artières et al.), dans les ouvrages pour la protection de l'environnement (Farcas et al. ; Pirrion et al. : Blond et al. ; Guyonnet et al.) et en infrastructures de transports (Mahuet).

Ces différentes études expérimentales, ainsi que l'évaluation des risques permettent de déboucher sur l'élaboration de recommandations pour une meilleure utilisation des géosynthétiques, dont deux exemples sont présentés pour le dimensionnement de géotextiles de protection en installations de stockage de déchets (Croissant et al.) et dans les tunnels (Mahuet). L'objectif de ces recommandations est d'accroître la pérennité des géosynthétiques et des ouvrages dans lesquels ils sont mis en œuvre, en réduisant par là même l'empreinte environnementale.

Nathalie TOUZE-FOLTZ

Irstea, UR Hydrosystèmes et bioprocédés

Numéro 07
6 mars 2012

Le monde agricole se retrouve régulièrement au cœur des débats médiatiques, politiques et économiques. La prise de conscience de l’opinion publique sur l’ensemble des enjeux liés à l’énergie, aux changements climatiques (l’agriculture contribue à 21 % des émissions de gaz à effets de serre ou « GES »), et à l’alimentation (neuf milliards d’habitants en 2050 sur Terre…) est désormais acquise, mais il reste à définir les priorités. Comment nourrir le monde en réduisant les impacts environnementaux ? Comment concilier réduction des émissions de GES aujourd’hui, et adaptation de l’agriculture aux conditions de demain ? D’un point de vue strictement énergétique ou environnemental, doit-on toujours privilégier la production locale ? Toutes ces questions, devenues récurrentes, ne trouvent généralement que peu de réponses dites « sans regrets ».

Concernant l’énergie, la « faible » consommation du secteur agricole, évaluée à 2,5 % de la consommation nationale, cache en réalité une profonde complexité et variabilité des profils de consommation, des formes d’énergie consommées (et produites), et des pratiques entre exploitations. La part des charges liée à l’énergie peut en effet atteindre, dans certaines productions, 30 ou 40 % dans les situations les plus extrêmes, comme en 2008. Mais nous sommes désormais avertis que ces situations extrêmes risquent de devenir récurrentes, voire les conditions moyennes des prochaines décennies. Ainsi, afin d’accompagner au mieux les acteurs publics ou privés dans leurs décisions, le monde de la recherche et Irstea travaillent activement à l’établissement de connaissances nouvelles et à la définition des outils, équipements et pratiques de demain.

Les articles présentés dans ce numéro rappellent la difficulté d’agir aujourd’hui, à l’échelle de l’exploitant, face à des enjeux lointains et impliquant l’ensemble des filières. Ce présent numéro se positionne d'ailleurs sur la consommation d'énergie au niveau de l'exploitation et non pas sur la production d'énergie à partir de denrées agricoles. Quelle que soit l’échelle, il reste en effet des étapes incontournables qu’il est utile de rappeler, comme le diagnostic énergétique, préalable essentiel à toute démarche énergétique. Dans la même optique de bilan, mais loin de cibler uniquement les enjeux énergétiques, la présentation des résultats d’analyses de cycles de vie coïncide parfaitement avec les nombreux travaux associés en France à l’application du projet du Grenelle sur l’affichage environnemental des produits de grande consommation. Sur un autre registre, la méthanisation et les biocarburants sont également des solutions devenues très médiatiques et soumises à nombreux débats, proposant des pistes intéressantes de développement d’énergies renouvelables, de gestion des effluents agricoles et de réduction des émissions de GES. Les bilans proposés permettent de rappeler le contexte de leur développement et de mieux comprendre les enjeux de ces filières. Parce que la grande majorité de l’énergie consommée par les exploitants est le carburant pour leurs tracteurs et agroéquipements, ce numéro permet au travers de plusieurs articles de préciser les dernières connaissances acquises sur le développement d’équipements économes et les profils de consommation en usages réels. Enfin, le projet prospectif « Agriculture Énergie 2030 » mené par le ministère en charge de l’agriculture a permis de concentrer la réflexion de nombreux experts sur ces différents sujets. Cette étude a permis d'identifier des marges de progrès et des propositions de solutions, et d’évaluer leurs impacts futurs.

L’enjeu exposé à travers ces travaux est bien d’aller vers une agriculture plus respectueuse de notre environnement, partant de solutions et leviers d’action pertinents, rentables et durables pour les agriculteurs. Les crises récurrentes que traversent certaines filières nous rappellent en effet que notre système agricole reste fragile et fortement dépendant de l’énergie. Mais elles démontrent toujours la combativité et la volonté des agriculteurs à faire évoluer leurs pratiques pour accompagner les grands changements sociétaux qui nous attendent tous.

Cédric GARNIER

Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie

Numéro 06
13 février 2012

Les espèces invasives, tout comme la destruction des habitats naturels, les pollutions ou la surexploitation des ressources, sont reconnues comme étant une des pressions majeures qui s’exercent sur les écosystèmes. Le changement climatique, favorisant la prolifération de certaines espèces, est également à l’origine de bouleversements rapides et profonds dans la structure des communautés vivantes et s'ajoute à ces préoccupations.

La pression des invasions se traduit aussi en termes d’impact sur les usages et sur la santé avec des répercussions économiques quelquefois très significatives. En outre, avec l’accroissement des échanges internationaux, les introductions volontaires ou accidentelles d’espèces exotiques se sont accélérées beaucoup plus rapidement que les avancées des connaissances scientifiques. Pourtant ces progrès sont indispensables à la mise en place d’outils efficaces de gestion, qu’il s’agisse de connaissances sur les déterminismes des invasions biologiques, de leurs impacts et de leurs moyens de contrôle.

Face à ces enjeux, la Commission européenne rédige actuellement la trame d’une stratégie européenne relative aux espèces envahissantes. En France, pour faire suite au Grenelle Environnement, et dans le cadre plus général de la Stratégie nationale de la biodiversité, se prépare une stratégie nationale de prévention et de lutte contre les espèces exotiques envahissantes reconnues pour avoir un impact négatif sur la biodiversité sauvage.

Cette stratégie comprendra plusieurs volets : un volet réglementaire, la mise en place d’un système de surveillance et d’alerte, des plans de lutte contre les espèces les plus menaçantes et des actions de sensibilisation et de communication. Ces dispositions devraient à terme permettre de limiter les introductions et d'augmenter l’efficacité de la gestion des espèces invasives, notamment en facilitant une meilleure organisation et une coordination accrue des actions locales et nationales.

Cette stratégie n’est pas propre aux milieux aquatiques. Mais les écosystèmes aquatiques continentaux sont particulièrement concernés par les invasions biologiques et ils se trouvent être aujourd’hui parmi les milieux les plus envahis au monde ; cela a bien sûr des conséquences en terme de biodiversité mais aussi sur les activités humaines. En Europe, quel gestionnaire ne connait pas les impacts des écrevisses exotiques sur les écrevisses natives, ou les coûts de gestion de la renouée du Japon ?  La Directive cadre européenne sur l’eau a d’ailleurs reconnu le rôle des espèces invasives en tant que pression susceptible d’empêcher l’atteinte du bon état écologique des eaux continentales.

Les gestionnaires sont confrontés depuis longtemps sur le terrain aux difficultés engendrées par la présence d’espèces invasives. Ainsi, de nombreuses interventions de gestion ont été mises en œuvre de manière pragmatique, avec trop souvent des échecs à la clef. Cela s’explique en partie par le manque d’information ou de réactivité vis-à-vis des mesures à prendre, mais aussi par le manque d’efficacité de ces interventions de gestion, si elles sont opérées indépendamment les unes des autres ou à une échelle trop locale. C’est donc bien une gestion intégrée qui doit être promue, à la bonne échelle géographique, et en prenant en compte toute la biodiversité et les interactions entre espèces.

Pour aider à mieux faire face à ces enjeux préoccupants, l’Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema) et Irstea e sont associés pour créer en 2008 un groupe de travail national sur les « Invasions biologiques en milieu aquatique » (IBMA). Son objectif est de proposer des stratégies d’action pour la gestion des invasions biologiques dans les écosystèmes aquatiques, ainsi que des outils opérationnels à destination des gestionnaires et des décideurs. Le groupe a aussi pour mission de définir des enjeux scientifiques à plus long terme et de contribuer à une expertise nationale, voire internationale, dans le domaine.

Le groupe IBMA joue également le rôle de soutien technique auprès du ministère en charge de l’écologie, dans le cadre de la mise en place de la stratégie nationale. Résolument tourné vers l’opérationnel, le groupe est constitué d’experts d'Irstea et de l’Onema et associe aussi bien des gestionnaires (agences de l’eau, parcs régionaux…), des services de l’État (Direction de l’eau et de la biodiversité du MEEDDTL, DREAL) et des compétences d’expertise scientifique de nombreux établissements de recherche (CNRS, INRA, MNHN, universités). Un séminaire a été organisé en octobre 2010 pour présenter les réflexions et les travaux du groupe IBMA. Ce séminaire a été un moment privilégié d’échange entre les différents acteurs concernés par les espèces invasives en y apportant des éléments scientifiques, techniques, mais aussi socio-économiques.

Ce numéro de la revue Sciences Eaux & Territoires, la revue d'appui et de transfert d'Irstea, est le fruit de ces échanges. Il propose de retracer les différentes discussions autour des enjeux des espèces invasives abordées lors de ce séminaire. Ainsi la revue incarne le support idoine pour porter à la connaissance des professionnels de terrain :

  • les bases scientifiques et technologiques utiles pour comprendre les ressorts des proliférations,
  • des retours d'expérience mettant en œuvre des méthodes d'évaluation et de lutte,
  • des éléments de compréhension et de mise en contexte du point de vue politique, réglementaire et sociologique des invasions biologiques.

Ce numéro participera assurément à la construction d'outils et de mesures de gestion utiles et efficaces.

Nous vous souhaitons une bonne lecture.

Patrick Lavarde, directeur général de l'Onema

Roger Genet, directeur général d'Irstea

 

 

 

Numéro II
18 janvier 2012

La forêt française est en expansion, notamment du fait de la déprise agricole. Elle a pour vocation de produire du bois d'œuvre de qualité, mais aussi du bois-énergie, et ceci dans le cadre d'une gestion durable, c'est-à-dire soucieuse de la conservation de la ressource et de la préservation des services écosystémiques. La gestion forestière intègre donc des enjeux économiques et écologiques importants.

Ce cahier spécial de la revue Sciences Eaux & Territoires présente tout d'abord une synthèse des articles consacrés à la forêt du numéro 3 « Politiques publiques et biodiversité », puis trois articles originaux mettant en lumière des facettes des activités d'Irstea dédiées à la forêt.

Les travaux mis en exergue dans les deux premières contributions visent, d'une part, à caractériser les interactions des espèces en présence dans les forêts mélangées pour mieux comprendre leur fonctionnement et, d'autre part, à étudier l'adaptation et les performances des produits des vergers à graines de Douglas dans des contextes pédo-climatiques variés afin d'orienter le choix des reboiseurs. Quant au dernier article, il dresse le bilan d'une coopération entre le Québec et la France dans le domaine de la conservation des semences forestières via la mesure de l'activité de l'eau.

Ces textes sont le reflet d'une recherche proche des problématiques du terrain car co-construite avec les acteurs, confirmant l'orientation des travaux de l'institut et de ses partenaires pour la production de connaissances dans une optique d'appui aux politiques publiques.

 

 

Numéro I
22 juin 2011

Les bananeraies des Antilles françaises (Guadeloupe et Martinique) sont la proie de la cercosporiose jaune et depuis peu de la cercosporiose noire, beaucoup plus dommageable. Cette lutte contre ces champignons parasites est effectuée aujourd’hui principalement par voie aérienne, par épandage d’huile minérale (produit sans nocivité mais à effet fongistatique) complétée ou non par un fongicide.

Lancé en 2008, le projet Optiban (Optimisation des traitements aériens contre la cercosporiose de la banane aux Antilles et recherche de méthodes alternatives terrestres) vise à améliorer ces traitements. Ce projet, commandité par les acteurs de la filière, notamment l’Union des groupements de producteurs de bananes (UGPBAN), et soutenu par la Direction générale de l’alimentation (DGAL) du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du Territoire (MAAPRAT), a été conduit par le Cemagref.

C’est ainsi que plusieurs innovations sont nées, visant à améliorer l’épandage aérien de produits phytosanitaires et à le substituer progressivement par des technologies d’épandage terrestre. Un premier prototype est né des travaux du Cemagref qui devrait être opérationnel d’ici quelques mois et permettre de modifier les modes de traitements actuels.

Ce cahier spécial de la revue Sciences Eaux & Territoires présente au travers de trois articles, trois aspects d’une même volonté d’accompagner les acteurs de terrain afin d’optimiser leurs démarches de production. Il retrace les recherches menées dans ce sens par le Cemagref et présente les résultats qui y sont d’ores et déjà associés.

Optimiser les traitements contre les cerscoporioses des bananeraies, c’est :
• améliorer l’efficacité des techniques d’épandage disponibles en concevant des outils de pulvérisation plus précis et plus performants (« Évaluation et amélioration des techniques disponibles d’épandage aérien et terrestre », Carré et al.) ;
• concevoir des machines innovantes capables de traiter les bananeraies par voie terrestre dans toutes les configurations de terrain (« Optiban 1, éco-conception d’une solution terrestre innovante », Rombaut et al.) ;
• accroître la fiabilité des  traitements aériens et réduire leur impact environnemental par une cartographie précise des zones d’épandage et  le développement de systèmes d’information permettant une traçabilité « Banatrace, un système d’information géographique multi-acteurs pour la gestion et la traçabilité des épandages aériens », Dumas et al).

Ces innovations sont le fruit d’une recherche partenariale co-construite entre les acteurs de la filière et le Cemagref.
La signature d’une convention cadre le 9 avril 2011 entre l’UGPBAN, l’Institut technique tropical et le Cemagref est à la fois le résultat de cette coopération fructueuse permettant d’évaluer le chemin parcouru, mais aussi un appel à poursuivre les actions de recherche autour de trois axes principaux :
• des innovations technologiques prenant en compte de façon globale les besoins de mécanisation des exploitations ;
• des outils et méthodes pour améliorer la sécurité des opérateurs suite à l’introduction des traitements terrestres ;
• des approches d’évaluation environnementale fiables, pour une production bananière durable.

Les projets qui naîtront de ce nouvel élan de coopération seront le fruit d’une synergie partenariale entre les différents instituts de recherche (en particulier avec le CIRAD et l’IRD) et les acteurs de terrain. L’amélioration de l’efficacité physique et mécanique des traitements phytosanitaires et le développement d’alternatives agronomiques innovantes sont, bien évidemment, les deux objectifs principaux de cette recherche ; mais la mise en œuvre de méthodes et d’outils de conduite du changement des pratiques culturales demeure la clé de la réussite. Là est l’enjeu de ces projets communs.

De belles perspectives de recherche-action communes s’ouvrent donc pour l’ensemble des partenaires.

Roger Genet, Directeur général du Cemagref
et Eric de Lucy, Président de l’UGPBAN

Numéro 05
23 mai 2011

L'érosion de la biodiversité d'une part et la modification, voire la dégradation des milieux, pour l'essentiel due aux activités humaines, d'autre part, font aujourd'hui l'objet d'une prise de conscience collective. Celle-ci s'est notamment traduite par la signature d'engagements internationaux et la mise en œuvre, au niveau local, d'actions relevant de la restauration écologique et de programmes de recherche en écologie de la restauration. Ces deux types de réalisations se sont néanmoins largement opérés au sein d'univers séparés par des barrières souvent invisibles mais peu perméables.

En effet, depuis les années 1980, les opérations de restauration écologique se sont multipliées, menées par des gestionnaires d'espaces naturels actifs parfois accompagnés de bureaux d'études. Parallèlement, la recherche en écologie de la restauration s'est développée, menant de front expérimentations et conceptualisation, prenant sa place au sein d'une écologie scientifique également en plein développement, mais souvent déconnectée des attentes et nécessités concrètes des acteurs de terrain.

Bien entendu des ponts existent, souvent fondés sur des liens personnels, sur les spécificités historiques régionales, sur l’existence de mouvements ou associations de protection de la nature, dans lesquels praticiens et chercheurs peuvent se retrouver en dehors de leurs cadres institutionnels. Les collaborations mises en œuvre, malheureusement trop souvent ponctuelles, sont alors enrichissantes pour les différents acteurs et sont facteurs d'amélioration à la fois des pratiques et des connaissances.

De plus, au sein même de ces deux univers, une multitude de réseaux constituent des sphères dans lesquelles chacun évolue selon son statut ou selon le statut du site dont il a la charge (Natura 2000, Grand Site, Espaces naturels sensibles des conseils généraux...), selon l'organisme de recherche (université, CNRS, INRA, Cemagref...) auquel il appartient, ou encore selon l'écosystème sur lequel il travaille (landes littorales, pelouses calcicoles, milieux montagnards, zones humides...).

Ainsi, si les connaissances empiriques, techniques et fondamentales existantes sont nombreuses, l'un des enjeux actuels est la mutualisation de ces connaissances et l'établissement d'un socle commun de réflexions et d'actions. C'est dans cette optique que le réseau REVER – Réseau d’échanges et de valorisation en écologie de la restauration – a été créé en 2008. Il s'agit, dans le domaine de la restauration des milieux naturels, de favoriser les rencontres et les échanges entre scientifiques, gestionnaires, praticiens, donneurs d'ordres et étudiants.

Ces échanges ne seraient être à sens unique car si les gestionnaires ou praticiens ont besoin des données scientifiques, de la connaissance des milieux fournies par les chercheurs pour améliorer leurs pratiques, les chercheurs ne peuvent se passer des retours d'expériences des acteurs de terrain et de l'immense potentiel d'acquisition de données qu'ils constituent. Les échanges doivent également s'établir entre praticiens et entre chercheurs car si les sites changent, si les écosystèmes varient, les problématiques sont souvent communes.

Ces échanges mutuels nécessitent néanmoins l'acquisition d'une culture, d'un langage et de réflexes communs : aux chercheurs d'accompagner les gestionnaires, aux gestionnaires d'envisager dès l'initiation d'un projet les modalités de suivi et d'évaluation pouvant être mises en place, même si cela a un coût (souvent minime au regard des travaux envisagés). Ainsi, si l'échelle internationale est souvent mise en avant comme un gage de qualité (et souvent condition sine qua non à l'obtention de subvention), l'établissement de réseaux à l'échelle nationale est fondamentale afin de s'affranchir des freins liés à la langue, à l'accessibilité des personnes et des données, mais aussi aux divergences de dispositifs institutionnels, réglementaires ou législatifs. Des réseaux comme REVER se veulent ainsi complémentaires aux grandes structures internationales telles que la Society for Ecological Restoration – European Chapter qui, si elles sont ouvertes à tous, restent néanmoins principalement scientifiques.

Les textes qui vous sont présentés sont issus des discussions ayant eu lieu au cours du colloque « REVER 2 : Rêver et Partager » journée atelier du réseau REVER qui se sont tenues à Brest les 28 et 29 janvier 2010

Sciences, Eaux & Territoires, la revue d'appui technique du Cemagref, permet ainsi de faire écho auprès d'un public plus large des enjeux et de la diversité des approches en matière de restauration écologique, de présenter des retours d'expérience de projets de restauration écologique, et enfin de transférer des connaissances scientifiques et techniques utiles à la mise en œuvre de projets et de leur évaluation.

Ce numéro thématique reflète la volonté commune d'échanges et d'enrichissement des acteurs de la gestion et de la restauration des milieux naturels, qu'ils soient gestionnaires, scientifiques ou décideurs. Ce numéro participera assurément à la construction d'outils et de mesures de gestion utiles et efficaces.

Nous vous souhaitons une bonne lecture.

Sébastien Gallet
Institut de Géoarchitecture – UBO
Coordonnateur du colloque REVER 2

Élise Buisson
IMEP-Université d'Avignon, Présidente de REVER

Marie-Pierre Vecrin-Stablo
Bureau d'étude ESOPE, Vice-Présidente de REVER



En savoir plus : Le réseau REVER met en place une base de données rassemblant retours d'expériences, rapports d'étude et listes de contacts accessibles via son site www.reseau-rever.org.

 

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