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Sommaire

Numéro I
22 juin 2011

Les bananeraies des Antilles françaises (Guadeloupe et Martinique) sont la proie de la cercosporiose jaune et depuis peu de la cercosporiose noire, beaucoup plus dommageable. Cette lutte contre ces champignons parasites est effectuée aujourd’hui principalement par voie aérienne, par épandage d’huile minérale (produit sans nocivité mais à effet fongistatique) complétée ou non par un fongicide.

Lancé en 2008, le projet Optiban (Optimisation des traitements aériens contre la cercosporiose de la banane aux Antilles et recherche de méthodes alternatives terrestres) vise à améliorer ces traitements. Ce projet, commandité par les acteurs de la filière, notamment l’Union des groupements de producteurs de bananes (UGPBAN), et soutenu par la Direction générale de l’alimentation (DGAL) du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du Territoire (MAAPRAT), a été conduit par le Cemagref.

C’est ainsi que plusieurs innovations sont nées, visant à améliorer l’épandage aérien de produits phytosanitaires et à le substituer progressivement par des technologies d’épandage terrestre. Un premier prototype est né des travaux du Cemagref qui devrait être opérationnel d’ici quelques mois et permettre de modifier les modes de traitements actuels.

Ce cahier spécial de la revue Sciences Eaux & Territoires présente au travers de trois articles, trois aspects d’une même volonté d’accompagner les acteurs de terrain afin d’optimiser leurs démarches de production. Il retrace les recherches menées dans ce sens par le Cemagref et présente les résultats qui y sont d’ores et déjà associés.

Optimiser les traitements contre les cerscoporioses des bananeraies, c’est :
• améliorer l’efficacité des techniques d’épandage disponibles en concevant des outils de pulvérisation plus précis et plus performants (« Évaluation et amélioration des techniques disponibles d’épandage aérien et terrestre », Carré et al.) ;
• concevoir des machines innovantes capables de traiter les bananeraies par voie terrestre dans toutes les configurations de terrain (« Optiban 1, éco-conception d’une solution terrestre innovante », Rombaut et al.) ;
• accroître la fiabilité des  traitements aériens et réduire leur impact environnemental par une cartographie précise des zones d’épandage et  le développement de systèmes d’information permettant une traçabilité « Banatrace, un système d’information géographique multi-acteurs pour la gestion et la traçabilité des épandages aériens », Dumas et al).

Ces innovations sont le fruit d’une recherche partenariale co-construite entre les acteurs de la filière et le Cemagref.
La signature d’une convention cadre le 9 avril 2011 entre l’UGPBAN, l’Institut technique tropical et le Cemagref est à la fois le résultat de cette coopération fructueuse permettant d’évaluer le chemin parcouru, mais aussi un appel à poursuivre les actions de recherche autour de trois axes principaux :
• des innovations technologiques prenant en compte de façon globale les besoins de mécanisation des exploitations ;
• des outils et méthodes pour améliorer la sécurité des opérateurs suite à l’introduction des traitements terrestres ;
• des approches d’évaluation environnementale fiables, pour une production bananière durable.

Les projets qui naîtront de ce nouvel élan de coopération seront le fruit d’une synergie partenariale entre les différents instituts de recherche (en particulier avec le CIRAD et l’IRD) et les acteurs de terrain. L’amélioration de l’efficacité physique et mécanique des traitements phytosanitaires et le développement d’alternatives agronomiques innovantes sont, bien évidemment, les deux objectifs principaux de cette recherche ; mais la mise en œuvre de méthodes et d’outils de conduite du changement des pratiques culturales demeure la clé de la réussite. Là est l’enjeu de ces projets communs.

De belles perspectives de recherche-action communes s’ouvrent donc pour l’ensemble des partenaires.

Roger Genet, Directeur général du Cemagref
et Eric de Lucy, Président de l’UGPBAN

Numéro 05
23 mai 2011

L'érosion de la biodiversité d'une part et la modification, voire la dégradation des milieux, pour l'essentiel due aux activités humaines, d'autre part, font aujourd'hui l'objet d'une prise de conscience collective. Celle-ci s'est notamment traduite par la signature d'engagements internationaux et la mise en œuvre, au niveau local, d'actions relevant de la restauration écologique et de programmes de recherche en écologie de la restauration. Ces deux types de réalisations se sont néanmoins largement opérés au sein d'univers séparés par des barrières souvent invisibles mais peu perméables.

En effet, depuis les années 1980, les opérations de restauration écologique se sont multipliées, menées par des gestionnaires d'espaces naturels actifs parfois accompagnés de bureaux d'études. Parallèlement, la recherche en écologie de la restauration s'est développée, menant de front expérimentations et conceptualisation, prenant sa place au sein d'une écologie scientifique également en plein développement, mais souvent déconnectée des attentes et nécessités concrètes des acteurs de terrain.

Bien entendu des ponts existent, souvent fondés sur des liens personnels, sur les spécificités historiques régionales, sur l’existence de mouvements ou associations de protection de la nature, dans lesquels praticiens et chercheurs peuvent se retrouver en dehors de leurs cadres institutionnels. Les collaborations mises en œuvre, malheureusement trop souvent ponctuelles, sont alors enrichissantes pour les différents acteurs et sont facteurs d'amélioration à la fois des pratiques et des connaissances.

De plus, au sein même de ces deux univers, une multitude de réseaux constituent des sphères dans lesquelles chacun évolue selon son statut ou selon le statut du site dont il a la charge (Natura 2000, Grand Site, Espaces naturels sensibles des conseils généraux...), selon l'organisme de recherche (université, CNRS, INRA, Cemagref...) auquel il appartient, ou encore selon l'écosystème sur lequel il travaille (landes littorales, pelouses calcicoles, milieux montagnards, zones humides...).

Ainsi, si les connaissances empiriques, techniques et fondamentales existantes sont nombreuses, l'un des enjeux actuels est la mutualisation de ces connaissances et l'établissement d'un socle commun de réflexions et d'actions. C'est dans cette optique que le réseau REVER – Réseau d’échanges et de valorisation en écologie de la restauration – a été créé en 2008. Il s'agit, dans le domaine de la restauration des milieux naturels, de favoriser les rencontres et les échanges entre scientifiques, gestionnaires, praticiens, donneurs d'ordres et étudiants.

Ces échanges ne seraient être à sens unique car si les gestionnaires ou praticiens ont besoin des données scientifiques, de la connaissance des milieux fournies par les chercheurs pour améliorer leurs pratiques, les chercheurs ne peuvent se passer des retours d'expériences des acteurs de terrain et de l'immense potentiel d'acquisition de données qu'ils constituent. Les échanges doivent également s'établir entre praticiens et entre chercheurs car si les sites changent, si les écosystèmes varient, les problématiques sont souvent communes.

Ces échanges mutuels nécessitent néanmoins l'acquisition d'une culture, d'un langage et de réflexes communs : aux chercheurs d'accompagner les gestionnaires, aux gestionnaires d'envisager dès l'initiation d'un projet les modalités de suivi et d'évaluation pouvant être mises en place, même si cela a un coût (souvent minime au regard des travaux envisagés). Ainsi, si l'échelle internationale est souvent mise en avant comme un gage de qualité (et souvent condition sine qua non à l'obtention de subvention), l'établissement de réseaux à l'échelle nationale est fondamentale afin de s'affranchir des freins liés à la langue, à l'accessibilité des personnes et des données, mais aussi aux divergences de dispositifs institutionnels, réglementaires ou législatifs. Des réseaux comme REVER se veulent ainsi complémentaires aux grandes structures internationales telles que la Society for Ecological Restoration – European Chapter qui, si elles sont ouvertes à tous, restent néanmoins principalement scientifiques.

Les textes qui vous sont présentés sont issus des discussions ayant eu lieu au cours du colloque « REVER 2 : Rêver et Partager » journée atelier du réseau REVER qui se sont tenues à Brest les 28 et 29 janvier 2010

Sciences, Eaux & Territoires, la revue d'appui technique du Cemagref, permet ainsi de faire écho auprès d'un public plus large des enjeux et de la diversité des approches en matière de restauration écologique, de présenter des retours d'expérience de projets de restauration écologique, et enfin de transférer des connaissances scientifiques et techniques utiles à la mise en œuvre de projets et de leur évaluation.

Ce numéro thématique reflète la volonté commune d'échanges et d'enrichissement des acteurs de la gestion et de la restauration des milieux naturels, qu'ils soient gestionnaires, scientifiques ou décideurs. Ce numéro participera assurément à la construction d'outils et de mesures de gestion utiles et efficaces.

Nous vous souhaitons une bonne lecture.

Sébastien Gallet
Institut de Géoarchitecture – UBO
Coordonnateur du colloque REVER 2

Élise Buisson
IMEP-Université d'Avignon, Présidente de REVER

Marie-Pierre Vecrin-Stablo
Bureau d'étude ESOPE, Vice-Présidente de REVER



En savoir plus : Le réseau REVER met en place une base de données rassemblant retours d'expériences, rapports d'étude et listes de contacts accessibles via son site www.reseau-rever.org.

 

Numéro 03bis
15 mars 2011

Why this special issue?  2010, International year of biodiversity

A year to raise national and international awareness concerning biodiversity loss because, over the years and particularly since the 1992 Earth conference in Rio, the battle against it has become more than just a slogan, it has become a political issue worldwide.

Biodiversity, at the crossroads between science, public decision-making and action

Biodiversity raises multiple issues, for scientists concerning their role in the production of data and knowledge, for decision-makers concerning the validity and consistency of decisions in a context where knowledge and interdependencies are undergoing constant change, and finally for land managers concerning their capacity to take action and understand the concrete consequences of their actions in a maze of complex problems.

Study of the interactions between humans and biodiversity relies on an array of disciplines and participants, in society and within Cemagref. The "biodiversity" topic serves to group research work and approaches which, taken together, constitute the highly original position of the institute among the many organisations working on the topic.

We decided to focus this issue on the work of scientists (in general and at Cemagref in particular) in formulating, implementing and evaluating public policies for biodiversity conservation. The first part presents examples of assistance provided in formulating public policies and an analysis of the potential contradictions. The second part addresses the issue of monitoring biodiversity in conjunction with the application and monitoring of public policies. It highlights the difficulties involved in implementing monitoring systems and producing data. Finally, the third part looks at evaluation of public policies and proposes a number of critical views on several examples of policies or management practices.

The decision to present this vast subject in these three parts corresponds to the desire to highlight the operational character of the research work at Cemagref and to make the results known to stakeholders and land managers.

SET, the ideal means to link research and action

The journal is an original means to enhance the operational value of Cemagref to the people working in the biodiversity field, from data production to project management and assessment.

Public decision-makers, in particular the technical departments of local governments and elected officials, but also associations, often play a critical role in the implementation of biodiversity-related projects. That is why they need clear and practical information on the topic.

This issue is dedicated to them.

Scientific and editorial coordination by
Laurent Bergès, Jean-Jacques Brun, Marion Gosselin,
Caroline Martin, Isabelle Mauz and Éric Rochard.

 

Numéro 04
11 février 2011

Le contexte agricole subit depuis de nombreuses années d’importants bouleversements tant sur le plan économique que social, politique et juridique. La mondialisation des échanges, les réformes successives de la Politique agricole commune et les nouvelles attentes des consommateurs et des citoyens, conduisent les acteurs du secteur agricole à imaginer des solutions plus flexibles et plus performantes tant d’un point de vue économique et technique qu’environnemental, pour répondre à ces nouvelles exigences.
En matière de préservation de l’environnement, le secteur agricole doit répondre aux attentes de la société au regard de la réduction des intrants et des pollutions diffuses, de l’amélioration des performances énergétiques des exploitations ou encore de la mise en place de démarche de certification environnementale des exploitations agricoles (telles qu’identifiées dans les conclusions du Grenelle Environnement). Pour cela, il est important de disposer d’outils et d’éco-indicateurs pour évaluer de manière objective les performances des systèmes de production, les pratiques des agriculteurs ou les technologies agricoles, qui disposent encore de marges d’amélioration de leurs performances environnementales et permettre ainsi de réduire à la source les risques de pollution des agro-écosystèmes. Les écotechnologies semblent être bien placées pour pouvoir contribuer aux objectifs fixés par le Grenelle Environnement puisqu’elles permettent la préservation de l’environnement en étant moins polluantes, en utilisant de façon durable toutes les ressources, en autorisant le recyclage d’une proportion plus importante de leurs déchets et en gérant les résidus de manière plus acceptable que les technologies qu’elles remplacent.
Les articles présentés dans ce numéro de la revue Sciences, Eaux & Territoires sont issus du symposium ECOTECHS’08 « Des éco-indicateurs à l’évaluation et à la certification environnementale » qui s’est tenu les 21 et 22 octobre 2008 sur le site de recherche et d’expérimentation du Cemagref à Montoldre (Allier). Les communications exposées lors du symposium ont présenté à la fois des approches méthodologiques et quelques constructions d’indicateurs (portant sur les impacts, les technologies ou les flux consommés) pour évaluer les performances environnementales des systèmes de productions agricoles. Bien que les exemples portent avant tout sur des systèmes de production précis (grandes cultures, viticulture, élevage porcin, élevage laitier…), ces communications ont souligné tout l’intérêt de disposer d’approches transverses et communes à différentes filières de production. Elles ont également souligné la nécessité de ne pas dissocier la dimension environnementale des dimensions économiques et sociales afin de garantir une véritable durabilité des systèmes de productions agricoles.
Ces communications ont permis par ailleurs de rappeler la place centrale qu’occupent les méthodes d’analyse du cycle de vie (ACV) pour évaluer les performances environnementales d’un système en allant jusqu’à l’évaluation/quantification des impacts des pratiques agricoles à différentes échelles (systèmes de cultures, systèmes d’exploitation, filières). Bien que les résultats d’une ACV soient parfois difficiles à communiquer, la présentation de l’outil simplifié et opérationnel EDEN a montré que ces outils peuvent désormais être accessibles, compréhensibles et donc utilisables par un plus grand nombre. Pour éviter les transferts de pollution et garantir une approche globale des systèmes étudiés, il est du reste important d’inscrire l’utilisation des indicateurs dans des démarches de certification globale des systèmes de production, comme dans la mise en place, au niveau du ministère en charge de l’agriculture, de la certification environnementale des exploitations agricoles.
Riche de cette expérience, ce numéro de Sciences, Eaux & Territoires propose des articles reflétant les principales approches abordées dans le symposium. La première partie du numéro est consacrée aux méthodes permettant
d’évaluer la durabilité de l’agriculture en proposant un état de l’art général de l’usage de l’ACV en agriculture, quelques exemples de durabilité et cas d’éco-indicateurs appliqués à différents systèmes de production (grandes cultures, vigne, élevage porcin…) et une approche systémique de l’évaluation environnementale d’une exploitation agricole.
La seconde partie du numéro présente quelques exemples de construction et de mise en oeuvre d’éco-indicateurs appliqués aux pratiques d’épandage et à l’énergie.

Marilys Pradel
Cemagref de Clermont-Ferrand
UR TSCF, Technologies et systèmes d'information pour les agrosystèmes

 

 

Numéro 03
22 octobre 2010

Pourquoi un tel numéro ?  2010 : année mondiale de la biodiversité !  

Une année pour « réveiller » les consciences internationales et nationales face à la perte de la diversité biologique ; en effet la lutte contre l’érosion de la biodiversité est devenue au fil des années et notamment depuis 1992 (conférence Rio) plus qu’un leitmotiv, un enjeu politique mondial.

La biodiversité : un sujet au carrefour de la science, de la décision publique et de l’action de terrain

La biodiversité interroge à la fois le scientifique sur sa place dans la production de données et de connaissances, le décideur sur la légitimité et la cohérence de sa décision dans un contexte de renouvellement permanent des connaissances et d’interdépendances, et enfin le gestionnaire de terrain sur sa capacité à agir et à comprendre son action concrète dans un système d’enjeux complexes.

L’étude des interactions entre l’homme et la biodiversité fait appel à de multiples disciplines et acteurs, de manière générale comme au sein du Cemagref. L’objet d’étude « biodiversité » permet de regrouper des travaux et des approches de recherche, qui mis ensemble, font l’originalité du positionnement de l’établissement parmi les instituts de recherche sur cette thématique.

Nous avons choisi d’axer ce numéro sur le rôle des scientifiques (en général et du Cemagref en particulier) dans l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques publiques de conservation de la biodiversité. La première partie regroupe des exemples d’aide à l’élaboration des politiques publiques, ainsi que l’analyse de leurs potentielles contradictions. La deuxième partie aborde la question des suivis de biodiversité en lien avec l’application et le suivi des politiques publiques : elle met en avant les difficultés de mise en œuvre des suivis et de production de données. Enfin, la troisième partie traite de l’évaluation des politiques publiques, en proposant des regards critiques sur plusieurs exemples de politiques ou pratiques de gestion.

Ce choix de traiter ce sujet très vaste sous le prisme de ces trois parties répond au souci du Cemagref d’affirmer la vocation opérationnelle de ses travaux de recherche et d’en communiquer les résultats auprès des publics de professionnels concernés.

SET : le support idoine qui lie la recherche et l’action de terrain

La revue représente une voie originale de valorisation opérationnelle du rôle du Cemagref auprès des acteurs qui interviennent dans le domaine de la biodiversité, depuis la production de données jusqu’à la gestion et l’évaluation des actions entreprises.

Les acteurs de la décision publique, en particulier les services techniques des collectivités locales ainsi que leurs élus, mais aussi les associations, jouent souvent un rôle très important dans la mise en œuvre sur le terrain de projets relatifs à la biodiversité. Ils ont donc besoin d’une information éclairée et pratique sur cette thématique.

Ce numéro leur est dédié.

Coordination scientifique et éditoriale :
Laurent Bergès, Jean-Jacques Brun, Marion Gosselin,
Caroline Martin, Isabelle Mauz et Éric Rochard.

Numéro 02
8 septembre 2010

Les catastrophes naturelles envahissent plus que jamais l'actualité. Séismes, volcans, submersions marines occupent la scène médiatique. D'autres phénomènes vont malheureusement prendre la suite, ou bien encore, les mêmes vont affecter d'autres pays. Les risques gravitaires, caractéristiques des zones de la montagne, sont actuellement plutôt discrets dans notre pays. Avalanches, chutes de blocs, glissements de terrain, ne se sont pas manifestés de façon dramatique depuis quelques années. Cela ne rend-t-il pas excessif l'accent mis sur tel ou tel de ces phénomènes et le coût des travaux de prévention réalisés pour atténuer leurs effets redoutés ?

Ce serait une erreur d'oublier que la montagne est intrinsèquement dangereuse et que les phénomènes naturels générateurs de risques pour les personnes et les biens y sont divers, souvent difficiles à prévoir dans le temps et l'espace. Nos ancêtres en ont beaucoup souffert et ils n'ont pas toujours échappé à leurs conséquences, malgré ce qui est souvent affirmé, une sagesse ancestrale héréditaire. Ainsi, lors du dernier épisode de changement climatique reconnu, celui dit du «petit âge glaciaire», de terribles catastrophes d'avalanches ont eu lieu au début du dix-huitième siècle.

S'agissant des risques gravitaires, la question du changement climatique est prématurée. La précision spatiale des modèles n'est pas encore suffisante pour que les projections du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) soient utilisables dans le cadre français et les simulations publiées sont plutôt de nature «what if ?», ce qui permet de traiter de la même manière les incertitudes de la régionalisation des modèles et celles qui sont liées à l'évolution des pratiques humaines susceptibles de modifier le climat.

Ce qui doit être pris en compte, et cela est également valable pour d'autres régions, comme les zones côtières, c'est l'accroissement spectaculaire de ce qu'il est convenu d'appeler la vulnérabilité. Cette vulnérabilité est expliquée par la « recolonisation » de la montagne. Fortement dépeuplée dans la première moitié du vingtième siècle au niveau européen, elle a été rapidement réoccupée à partir des années 1950, sous l'effet de l'accroissement spectaculaire du tourisme et de celui des communications entre vallées, parfois internationales.

Cette vulnérabilité des régions de montagne aux risques naturels est aggravée par le fait que les risques gravitaires sont potentiellement toujours mortels. Cela explique que des sommes très importantes ont été dépensées par l'ensemble des pays alpins pour mieux sécuriser les sites les plus dangereux. Et tous les ouvrages qui ont été construits dans le cadre de ce qu'il est convenu d'appeler la restauration des terrains de montagne (RTM), constituent un capital considérable, dont la maintenance pèse de plus en plus lourd sur le budget de l'État et des communes. Ouvrages coûteux à construire et à entretenir, population objectivement exposée et subjectivement de plus en plus exigeante sur le plan de la sécurité, fonds publics de plus en plus rares, voici les conditions posées pour une recherche soucieuse d'optimiser l'utilisation des ressources de la collectivité. Cela passe évidemment, comme le démontrent les articles qui suivent, par une meilleure connaissance des phénomènes gravitaires et des techniques qui permettent de limiter leurs effets, soit au moyen d'ouvrages, soit en évitant les zones dangereuses.

Pour l’Association française pour la prévention
des risques naturels (AFPCN),
Gérard Brugnot,
ingénieur général honoraire des Ponts, des Eaux et des Forêts

 

Numéro 01
10 mai 2010

J'ai le plaisir de vous présenter le premier numéro de notre revue Sciences, Eaux & Territoires, la revue du Cemagref (SET), qui prend désormais la suite de la revue Ingénieries – Eau, Agriculture, Territoires. Rénovée dans sa forme et complétée par un site web, notre revue a l'ambition de répondre mieux encore à vos attentes et de vous apporter une information à la fois plus synthétique et plus détaillée sur les avancées récentes des travaux de recherche se rapportant à des thématiques sociétales majeures portées par le Cemagref et ses partenaires.

Au cours de l'année, la revue SET et son site web vous proposeront trois à quatre numéros offrant une information scientifique et technique de qualité. Elle mobilisera des spécialistes de domaines scientifiques variés qui auront à cœur, par le dialogue et dans une optique largement interdisciplinaire, de transférer leurs connaissances aux professionnels concernés, et au-delà, de les diffuser à un large public intéressé par les questions environnementales.

Ce premier numéro intitulé « L’évaluation du risque toxique dans les milieux aquatiques : quels outils pour quelles perspectives ? » inaugure notre nouvelle formule avec une thématique particulièrement représentative des activités scientifiques du Cemagref : l'évaluation du risque environnemental lié à l'imprégnation chimique des milieux aquatiques. Une question sur laquelle nos chercheurs sont régulièrement interpellés par l'opinion ainsi que par les professionnels de terrain chargés de mettre en œuvre les évaluations de la qualité des eaux.

Quels sont les impacts à long terme de faibles doses de contaminants sur les populations et les communautés ? Dans les milieux naturels, sous quelles formes les molécules agissent-elles sur le vivant ? Quels outils et quelles méthodologies faut-il concevoir pour évaluer l'état chimique et écologique des cours d'eau ? Autant de questions qui ne trouvent encore aujourd'hui que des réponses parcellaires alors qu'elles constituent des préalables pour atteindre les objectifs fixés par la directive cadre européenne sur l'eau et le Grenelle de l'environnement en matière de qualité des eaux et des milieux aquatiques.

En espérant que vous apprécierez ce numéro et ceux qui suivront, je vous souhaite une bonne lecture.

Roger GENET,
directeur général du Cemagref

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